Damon Albarn – ‘Everyday Robots’

Album / XL / 28.04.2014
B.O. de salle d’attente

La routine n’a jamais été au vocabulaire de Damon Albarn. De tous temps, que ce soit avec Blur ou à l’occasion de divers projets auxquels il a toujours su, au mieux flanquer un concept original (Gorillaz), au pire un line up qui l’aide à surprendre (The Good The Bad & The Queen), le charismatique frontman n’a jamais cédé à l’appel de la redite facile, ni même de la banalité. Trop perfectionniste pour cela, peut être aussi trop orgueilleux, l’Anglais s’est comme juré de ne jamais revenir par besoin, seulement par envie et parce que le travail accompli possédait assez d’intérêt pour justifier qu’il soit porté à l’oreille de tous. Conscient de son rang et du risque encouru s’il devait briser son éthique, le bougre aura attendu de souffler ses 46 bougies pour se lancer seul, sans groupe ou personnage animé derrière lui pour lui servir de filet, et signer un premier album forcément très attendu par tous, du fan absolu abreuvé de tous temps par la puissance mélodique et émotionnelle de ses chansons, comme d’une critique prête à ne rien lui pardonner.

L’appellation ‘solo’ qui entoure ce ‘Everyday Robots’ depuis le premier jour de son annonce aurait pu laisser présager une enfilade de ballades folk assez épurées pour laisser entendre le glissement des doigts sur les cordes, soit ni plus ni moins une version plus minimaliste de ce qu’Albarn avait déjà laissé filtrer au fil de ses projets. C’est en tous les cas ce que beaucoup auraient aimé se voir offrir ici mais que, sans surprise, il ne livre généralement pas. En effet, à l’exception de quelques chansons délicatement soufflées (‘Hostiles’, ‘The History Of a Cheating Heart’), l’Anglais, aidé par le producteur Richard Russell qu’il a récemment côtoyé pour le dernier album de Bobby Womack, habille sa pop mélancolique d’influences (trop?) matures (la touche jazz de ‘Lonely Press Play’ et ‘Hollow Ponds’), comme d’un manteau soul aux arrangements particulièrement travaillés qui finissent de la rendre précieuse, presque trop lisse parfois (‘The Selfish Giant’).

La faute a une richesse d’orchestration qui prive certains morceaux d’une spontanéité pourtant indispensable au puits émotionnel sans fond que Damon Albarn sait être, pour finalement ne faire son oeuvre que quand le genre abordé le permet. En l’occurrence, pour marquer les esprits, ‘Everyday Robots’ peut s’appuyer sur sa caractéristique entame éponyme aux ornements électroniques, l’ambiance bon enfant de ‘Mr Tembo’, la schizophrénie évolutive de ‘You & Me’, ou le chaleureux final d’un ‘Heavy Seas Of Love’ coloré de gospel. Tous laissent opérer une magie que seul un songwriter de sa trempe sait maitriser à ce point. C’est d’ailleurs aussi parce qu’on connait son immense talent qu’on a également toutes les difficultés à excuser le cruel manque de constance de ce premier album cédant malheureusement trop souvent à la monotonie. Pour rester trop poli, comme lui, et parce qu’on préfère définitivement l’écorché vif romantique au chanteur de salle d’attente.

‘Everyday Robots’, ‘Mr Tembo’, ‘Heavy Seas Of Love’

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