Courtney Barnett – ‘Tell Me How You Really Feel’

Courtney Barnett – ‘Tell Me How You Really Feel’

Album / Marathon Artists / 18.05.2018
Indie rock


Il est de bon ton chez les ayatollahs de la culture de systématiquement dégommer un artiste placé (trop rapidement à leurs yeux) sur un piédestal, et de lui coller le canon de leur fusil sur la tempe dès lors qu’il ne s’écarte pas assez des chemins balisés. Un syndrome classique chez ces ‘fins’ analystes pourtant capables de relayer éthique et professionnalisme au second plan dès le premier raccourci journalistique employé pour faire du clic… N’en déplaise donc à ces petits dictateurs qui concluent trop rapidement à nos goûts musicaux en scrutant notre tenue vestimentaire ou la marque de notre bagnole, nous allons dire du bien nous aussi de ce dernier album de Courtney Barnett.

A défaut d’en tirer une analyse semblable, on partage néanmoins leur constat : Tell Me How You Really Feel n’est pas un album qui va révolutionner le rock. Et alors ? En a t-il seulement la prétention ? Est-ce vraiment discutable à l’heure ou l’on se réjouit du moindre revival épongeant notre nostalgie d’une jeunesse révolue ? Et alors qu’on ramène souvent (trop rapidement) Courtney Barnett aux Breeders des années 90 (on retrouve d’ailleurs les soeurs Deal sur Nameless Faceless et Crippling Self Doubt And a General Lack of Self Confidence), que chante t-on encore aujourd’hui ? Cannonball ou le tube vite évaporé d’un avant-gardiste du début des années 90 ?

Peu importe qu’il innove ou non, qu’il tire des ficelles déjà beaucoup exploitées par le passé, que les paroles de ses chansons n’amènent pas à la plus profonde des réflexions, Tell Me How You Really Feel a le mérite d’être le dernier témoignage d’une artiste vraie, qui a fini par provoquer ce genre de débat à la seule force du coeur, de l’authenticité et de l’huile de coude : trois atouts indispensables mais trop souvent délaissés aujourd’hui par des artistes nombrilistes, à l’opportunisme nauséabond, dicté par une dangereuse soif de réussite. Courtney Barnett n’est pas de ceux-là. Une guitare, quelques accords, une mélodie efficace, le tout saupoudré d’un peu de (re)sentiments et questionnements personnels lui suffisent pour enchainer les chansons, sans autre objectif que charmer, divertir, et trouver écho dans les émotions les plus personnelles de ceux qui l’écoutent.

C’est en cela que ce nouvel album rempli parfaitement sa tâche, trois ans après un prédécesseur qui, sans plus de prétention, avait pourtant mis la barre haute. Plus proche de son ami Kurt Vile (Walkin on Eggshells) que du grunge auquel on l’associait en 2015, l’australienne se montre plus décontractée, inverse même les rôles en laissant cette fois la musique – plutôt que son chant – servir de locomotive à cet opus aux humeurs équilibrées. Partagé entre titres chargés de l’électriser (Nameless Faceless, I’m Not Your Mother I’m Not Your Bitch, Crippling Self Doubt And a General Lack of Self Confidence), et ballades avançant au rythme du coeur à l’heure de la sieste (Sunday Roast), Tell Me How You Really Feel  souffle à l’oreille quelques airs malins, avec assez de conviction pour nous inviter à les considérer comme des tubes (Charity, Need a Little Time).

Mais, et c’est bien ce qui est le plus plaisant chez elle, rien est une obligation chez Courtney Barnett : en ne se donnant elle-même jamais plus d’importance qu’elle n’en a, elle laisse à chacun le désir d’aborder sa musique comme il l’entend. C’est à prendre ou à laisser. Dès lors, on peut savourer ce disque au premier degré, sans même devoir s’interroger sur les raisons qui nous y poussent, ou y rester indifférent. Parce que, d’une manière ou d’une autre, il ne changera rien de fondamental à la vie de chacun. La demoiselle est même la première à l’avoir bien compris, contrairement à d’autres qui se surestiment encore au point de vous dicter ce que vous devez – ou non – écouter. Qu’ils aillent se faire foutre, ce n’est que de la musique. This is what we really feel.

VIDEOS
ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
Charity, Need a Little Time, Nameless Faceless, Walkin’ On Eggshells


No Comments

Post A Comment

For security, use of Google's reCAPTCHA service is required which is subject to the Google Privacy Policy and Terms of Use.

I agree to these terms.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.