Wordsound – « Made In Brasil »

Made In Brasil[Album]
17/05/2006
(Wordsound/La Baleine)

Sortie plutôt étonnante que cette compilation sur le catalogue Wordsound, qui nous avait davantage habitués au dub cradingue des bas-fonds de Brooklyn, voire au hip hop ultra underground du même quartier… Il faut croire que Skiz Fernando Jr (le boss du label) en a eu sa claque du béton armé et de la morosité ambiante, qu’il a fait péter le short et les tongs et qu’il est parti se siroter quelques caïpirinhas sur une plage de Rio De Janeiro pour décompresser..

Du coup, comme le pays est un véritable vivier musical, plutôt que de nous rapporter des cartes postales avec des déesses en string, les fesses couvertes de sable mouillé, Skiz a préféré donner leur chance à toute une tripotée d’artistes découverts sur place en sortant cette compile (on ne se refait pas!). Et croyez-moi, ça vaut toutes les cartes postales de fesses du monde

Car le boss de Wordsound a en plus l’intelligence de ne pas proposer les artistes généralement présents sur les compiles axées autour de la « nouvelle » scène brésilienne, qui ont tendance à pulluler ces derniers temps. Aucun nom connu au tracklisting, à moins de vous intéresser un (gros) minimum à ce qui se fait là-bas. On nage dans l’underground le plus total. Et c’est là qu’on réalise qu’on est quand même bien chez Wordsound qui est passé maître en terme de suicide commercial. Mais c’est parfois le prix à payer pour être en avance sur ses contemporains

BNegão, qui ouvre la compile ici avec un court instrumental cuivré et qu’on recroise plus tard sur un bon hip hop dubisant, est pourtant loin d’être un inconnu pour les jeunes Brésiliens. Le monsieur partageait le micro avec Marcelo D2 (qui, lui, commence enfin à faire parler de lui de ce côté-ci de l’Atlantique) dans le célèbre groupe de rap punk Planet Hemp. On en profite d’ailleurs pour ouvrir une parenthèse et vous exhorter à trouver leur excellent second LP, « Os Cães Ladram Mas A Caravan Não Para » (sorti en 1996), sorte de jumeau brésilien du « Check Your Head » des Beastie Boys, également produit par Mario Caldato Jr. Si vous aimez quand ça zigzague entre rap, funk, hardcore, bossa, ragga, vous pouvez y aller les yeux fermés, c’est une tuerie! Parenthèse fermée. Et les deux morceaux proposés ici par BNegão laissent penser qu’il n’a rien perdu en qualité maintenant qu’il poursuit en solo..

Les habitués des productions Wordsound auront sans doute déjà croisé Dj Klos puisqu’il a travaillé avec Sensational sur son « Natural Shine », et ne seront donc pas du tout surpris d’entendre son hip hop indus saturé (« Niteroi Freestyle ») ou sa batucada industrielle (« E Drums »)

L’Américain Scott Harding (a.k.a Scotty Hard, autre artiste bien connu des fans de Wordsound) s’associe à Lucio Maïa et son groupe Maquinado pour un joli « Sutura » tout en volupté guitaristique. Lucio Maïa est d’ailleurs peut-être le seul artiste du tracklisting à posséder un CV un peu plus conséquent dans nos contrées… Il a en effet tenu la guitare dans la première mouture du Soulfly de Max Cavalera (ex-Sepultura). Mais, chez lui, Lucio Maïa est surtout célèbre pour avoir été le guitariste du Nação Zumbi de Chico Science, jeune prodige tragiquement disparu en 1997 dans un accident de voiture. Chico Science est devenue une icône au Brésil en redonnant une identité musicale à toute une génération. Son groupe se distinguait en effet grâce à sa section de percussions traditionnelles en lieu et place de batteur (inspirant ainsi l’album « Roots » de Sepultura), tout en digérant rock, rap, funk, electro, reggae et hardcore dans un bouillonnement créatif digne de la grande époque de Os Mutantes. Chico Science & Nação Zumbi sont cités comme la référence ultime par tous les jeunes musiciens brésiliens, toutes esthétiques confondues, de Seu Jorge et Lenine à Cibelle, Bebel Gilberto ou Carlinhos Brown, pour ne nommer que les plus connus ici. En passant probablement par tous les groupes du tracklisting de cette compilation

C’est en partie ce qui explique que tous les morceaux de ce disque soient immédiatement identifiables comme de la musique brésilienne, peu importe que ce soit du rap, du dub, de l’indus ou de la drum’n’bass

Vous le réaliserez par vous-mêmes dès la première écoute de cette compile éclectique mais homogène. Qu’il s’agisse de Dom Negrone et son excellent « O Povo Q Vibra », un morceau hip hop porté par un sample de voix ultra-efficace qu’on aurait tout à fait imaginé dans la BO du film « La Cité De Dieu », ou de la drum’n’berimbass palpitante de Sonar Calibrado, de la samba digitale de Maga Bo ou du rap hardcore du groupe féminin Anastacias

Le Brésil est une nation qui s’est construite par le métissage. C’est donc un acte naturel de digérer ce qui vient d’ailleurs pour l’adapter en quelque chose de brésilien. Ce « Made In Brasil » n’aurait pas pu porter meilleur nom: les classiques de la musique « traditionnelle » de demain!! Bon, allez, Skiz, t’as gagné, tu peux nous montrer les cartes postales de fesses maintenant?

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