Collectif Iceberg – « Licornia »

lico180Album
(Iceberg)
05/12/2012

Connue pour ses fers de lance – J.C Satan, Crane Angels, Botibol, Petit Fantôme – la nébuleuse Iceberg regorge de trésors plus ou moins cachés, qu’ils soient musiciens (The Lonely Walk, Strasbourg, Nunna Daul Isuny, Père Dodudaboum, Mask, Lispector, Boozevski, Bagarre, et on en oublie),  graphistes (LL Cool Jo, Havec, Spécio, Yoko Nono) ou acolytes de toujours (François & The Atlas Mountains ou Babe): une belle généalogie qui a le mérite de troubler les esprits des chroniqueurs avides de biographie. Invité aux dernières Transmusicales de Rennes pour une résidence d’une semaine à l’Aire Libre, Iceberg en a profité pour dévoiler « Licornia », projet pharaonique réunissant une vingtaine de musiciens du collectif autour d’un conte musical, une histoire d’amour impossible entre un Terrien et une planète.

En guise de préambule, l’album a été mis en ligne en téléchargement à prix libre sur le Bandcamp de la troupe. Pour la petite histoire, chacun fut invité à contribuer à cette création en composant un titre et, si le projet a pu provoquer de nombreuses craintes liées à son homogénéité, Iceberg réussit le tour de force de sortir une œuvre harmonieuse et fidèle à chaque individualité. Conçue autour du fil rouge instrumental de Lispector, l’histoire de « Licornia » se raconte autour des mélopées du collectif: la subtilité de Botibol et son ode pop que n’aurait point renié les Flaming Lips; les arrangements classieux d’Arthur Satan, définitivement un des musiciens français les plus importants de notre ère; la candeur d’un Petit Fantôme aux explosions synthétiques grandiloquentes; la voix touchante et imparable de Mask – injustement méconnu – jusqu’à celle de Babe (projet solo de Gerard Black), apothéose d’une première partie bien maitrisée. Moins linéaire, la suite n’en est pas moins intéressante pour autant. Avec sa pop bancale et fébrile, Nunna Daul Isunyi continue de s’affirmer dans son registre; plein de citations à Weezer, Dodudaboum s’épanouit en crooner du cosmos avec ses Mess of Feelings, et Monsieur Crane psalmodie sa  »Fin du temps » en digne héritier d’Henri Pichette.

Le fantastique s’accouple alors avec les envolées spatiales, et « Licornia » caresse notre inconscient. Même cérébrale, la danse est omniprésente (les refrains gracieux de Those Meteorists Are, les envolées frondeuses de Boozevski), et la naïveté du verbe nous embarque dans les formes de Barbarella ( »Accours, Accours »). Toute cette richesse amène la création dans une sphère encore jamais vue chez nous, et la scène le confirme fort bien puisque le collectif a choisi de ne pas y confier l’interprétation des titres à leurs compositeurs. Par une alchimie guère explicable rationnellement, les atomes rentrent alors en fusion et les radiations stellaires nous bombardent de leurs rayons amoureux. Ni comédie musicale, ni concert théâtralisé, « Licornia » est une création musicale à part entière, en treize chapitres, qui déroutera une grosse part de notre public, plus habitué au delirium tremens opportuniste d’un Balavoine. Les autres aimeront sans compromis cet OVNI dont l’explosion en pleine atmosphère appelle à l’évidence une nouvelle genèse.

En écoute et au téléchargement


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