Chelsea Wolfe – ‘Hiss Spun’

Chelsea Wolfe – ‘Hiss Spun’

Album / Sargent House / 22.09.2017
Post goth métal


Il est loin le temps où Chelsea Wolfe oscillait entre expérimentations bruitistes et ballades folk glaciales pour un underground californien lettré qui n’avait jamais vu le soleil de Malibu. Désormais, son nom est écrit en bonne place sur les affiches des plus grands festivals métal, apportant grâce et fragilité à cette grande famille de buveurs de bières et croqueurs de chauve souris. Il faut dire qu’elle avait pris une autre dimension avec son dernier disque ‘Abyss‘, poussé par le gigantesque ‘Iron Moon’, lent, lourd, puissant, noir, beau. Aujourd’hui, Kurt Ballou (Converge) et Troy Van Leeuwen (QOTSA) remplacent John Congleton à la production pour ‘Hiss Spun’, un sixième album qui l’enfonce encore un peu plus dans les ténèbres.

Passé le larsen initial, un grondement doom raisonne. La voix de la maîtresse de cérémonie, lancinante, puis lascive, a sûrement le même pouvoir que celle des sirènes qui, dans les légendes nordiques, attiraient les marins dans les entrailles des océans, mais c’est dans un vrombissement mêlé à des murmures inquiets que finit ‘Spun’, le massif morceau d’ouverture. Passé un ’16 Psyche’ plus plaintif, avançant sur des terres désolées, on retrouve cette voix obsédante sur le vertigineux ‘Vex’, ou elle tombe dans une spirale infernale pour mieux se faire cueillir par les rugissements de Aaron Turner du groupe Old Man Gloom. Bizarrement, suite à ce moment épique, une sorte de renoncement s’installe, une fatigue mentale. Jadis, on sentait Chelsea Wolfe maîtriser ses tourments, complice de la mélancolie, et bien ça ne serait plus le cas, elle dit être poussée malgré elle vers l’anxiété, reconnaît sa fragilité en contraste total avec des forces et ses colères. De cette lutte pourrait être né ‘Twin Fawn’, tiraillé, tout en ruptures. A partir de là, la Californienne perd de son aura, une ballade folk comme ‘Two Spirit’ ne fait pas frisonner comme ‘Halfsleeper’ ou ‘Flatland’, malgré son final qui monte dans un tourbillon glacé pour mieux finir à terre, dépouillé. Le disque clôture dans un fracas industriel, mêlé à de la panique, avant de brutalement s’interrompre, disparue, évaporée.

‘Hiss Spun’ est bien un disque de Chelsea Wolfe, aucun doute là dessus, propre à l’identité qu’elle s’est forgée et fait évoluer. S’il impressionne parfois, paradoxalement cela semble être au détriment de l’artiste, submergée par un puissant déferlement post-metal, un volume nuisant à son expression, prisonnière de l’image. Mais quand il cesse et que reste l’être, c’est hélas pour constater une superbe déclinante ainsi qu’une certaine lassitude. On aurait tort de limiter Chelsea Wolfe à une seule voix, aussi remarquable qu’elle soit, et c’est étrange d’opposer une artiste à son propre son, mais la pochette la montrant recroquevillée dans le coin d’une pièce, animal noir oppressé dans un environnement de laboratoire blanc aseptisé, symbolise parfaitement la première impression.

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A ECOUTER EN PRIORITE
‘Spun’, ‘Vex’, ‘Twin Fawn’


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