Charlotte Gainsbourg – « 5:55 »

5:55[Album]
28/08/2006
(Because/Wagram)

Le débat a toujours fait rage entre les pro- et anti- « fils de… », plus spécialement dans les domaines du cinéma et de la musique. Est-ce qu’une filiation est pour autant forcément synonyme de réussite? Elle ouvre des portes, c’est indéniable. Mais n’est-ce pas aussi le cas, à des degrés divers, à la Poste, dans les assurances ou dans l’artisanat? Ne faut-il donc pas plutôt se poser la question de ladite réussite? Parlons-nous d’un simple succès commercial souvent éphémère, ou d’une véritable carrière, construite et cohérente? Un quelconque piston peut-il durablement remplacer le talent? Si c’était le cas, pourquoi ricane-t-on autant en voyant David Hallyday, Superbus ou Enrique Iglesias? Sans parler des dizaines de « fils » et de « filles de » qui sont probablement restés au placard sans même qu’on le sache… Au contraire, certains ont réussi depuis des années à développer leur propre univers artistique, à tel point qu’on en viendrait presque aujourd’hui à étiqueter Louis Chédid et Jacques Higelin comme de simples « pères de… ». En clair, doit-on absolument essayer de déchiffrer l’univers artistique de quelqu’un au travers du prisme de ses géniteurs

Et dans le cas qui nous intéresse, faut-il absolument encenser ou démolir le nouveau disque de Charlotte Gainsbourg (le deuxième en 20 ans) sous prétexte qu’elle est la fille de Serge Gainsbourg et Jane Birkin

Bien sûr, il est impossible de ne pas songer à l’un ou l’autre au fil de cet album, si ce n’est déjà à cause de la voix de l’actrice qui rappelle forcément celle de sa mère, surtout lorsqu’elle susurre en anglais (« Everything I Cannot See », « 5 :55″…), ou encore à cause des clins d’oeils assumés aux oeuvres du papa (les cordes de « The Song That We Sing » qui lorgnent vers celles de « Initials B.B. » ou la basse de « Jamais » qui emprunte au « Cargo » de « Melody Nelson »…). Mais comment aurait-il pu en être autrement au regard de l’entourage de la jeune femme pour ce « 5 :55 »? Les deux dandys de Air sont à la composition, Jarvis Cocker (Pulp) et Neil Hannon (Divine Comedy) derrière le stylo, et Nigel Godrich (Radiohead, Beck…) à la production. Rien que des disciples autoproclamés du grand Serge!!! Prenez la même équipe sans Charlotte Gainsbourg, et il y a fort à parier que le disque aurait transpiré des effluves gainsbouriennes de toute manière..

Ceci dit, ce « 5 :55 » est un disque plutôt agréable à laisser tourner sur la platine, à condition bien sûr de goûter la pop arty, doucereuse et vénéneuse. On a sans doute déjà entendu mieux dans le genre (Radiohead, Mercury Rev, Sébastien Schuller…) mais on a aussi souvent entendu bien pire (je vous laisse remplir, il n’y a que l’embarras du choix!). Air se fait à l’évidence plaisir en brodant des écrins sur mesure à sa nouvelle muse, comme autant d’hommages à ses maîtres de toujours (les cordes soyeuses d’un Barry White sur « Night-Time Intermission », les élans glam de T-Rex sur « Everything I Cannot See », les ambiances cinématographiques de « Beauty Mark » ou « Morning Song »…)

Les plumes de Cocker et Hannon ont suffisamment de personnalité pour éviter de tomber dans une quelconque comparaison avec Gainsbourg père, et trouvent souvent le ton doux-amer qui sied le mieux à la voix blanche de Charlotte

Son interprétation n’abuse d’ailleurs pas à outrance des effets de manche d’une voix timidement chuchotée et s’essaie même à des registres assez variés avec bonheur (l’addictif « The Operation », l’enjoué « Everything I Cannot See », le mélancolique « Tel Que Tu Es »…). Ce qui devrait rassurer les détracteurs de l’ex-adolescente à la timidité maladive. On n’est certes pas en présence d’une grande technicienne (mais franchement quoi de plus chiant qu’une grande technicienne??), mais l’émotion est palpable sur la plupart du disque

« 5 :55 » devrait donc doucement accompagner vos rêveries noctambules et insomniaques, jusqu’à ce que la parenthèse se referme, que le jour pointe au travers des persiennes, et vous renvoie dans le monde bruyant des vivants

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