Charles Bradley – ‘Black Velvet’

Charles Bradley – ‘Black Velvet’

Album / Daptone / 09.11.2018
Soul


Ré-entendre la voix de Charles Bradley, quelques mois après sa mort, rend invariablement nostalgique, pas tant de ce funk old-school qui certes s’efface irrémédiablement avec lui, mais d’un monde un peu plus léger dans lequel l’avenir pouvait sans naïveté réserver de divines surprises. Black Velvet, album mêlant reprises et morceaux rôdés sur scène, est son testament.

L’artiste avait sur scène la foi et la générosité inépuisables de ceux qui ont beaucoup attendu avant de briller. Longtemps, lorsqu’il quittait son habit de cuisinier, ce n’était que pour s’afficher modestement dans des clubs, en fils naturel de James Brown, reprenant fièrement les titres, la gestuelle et les costumes à paillettes du Godfather of Soul. Il a dû attendre cinquante ans passés, et le goût du revival soul-funk de Daptone Records, pour produire des titres significatifs sur lesquels il se faisait royalement accompagner par le Menahan Street Band.

Black Velvet est un album ‘souvenir’ qui porte le nom de son premier groupe de scène. Il n’est original en rien, mais réserve à l’écoute une maîtrise et un savoir faire incroyables, aussi de la part de musiciens dominant toujours impeccablement leur sujet. En attestent les percus syncopées de Luv Jones ou Slip Away, les cuivres rutilants sur Can’t Fight the Feeling ou trépidants sur Heart of Gold, brûlants sur le final de I Feel a Change (titre majeur emmené par les nappes vibrantes du Würlitzer), ou la profondeur mystique des Gibson sur Stay Away. Tout y est, juste et lumineux, et c’en est même parfois trop académique. Ainsi, le titre instrumental que le groupe s’offre au milieu de l’album était dispensable.

Mais il y a pourtant une âme dans Black Velvet. Elle traverse tous les morceaux, nichée au creux de chacun, dans la voix du vieux soulman. Que ce soit dans les reprises de Nirvana (Stay Away) ou de Neil Young (Heart of Gold), comme dans ses compositions personnelles, Charles Bradley est un roi de l’appropriation. Du premier au dernier titre, il impose son phrasé étiré et rocailleux, sait placer ses inflexions roucoulées ou ses cris de rages avec évidence. Cette voix se fait parfois irrégulière, à la limite de la fracture. Les ingés ont pourtant respecté l’intégrité du chanteur en n’y touchant rien. Son grain, son souffle, ajoutent alors à la fragile émotion de l’ensemble, et on frissonne un peu plus encore à l’écoute de ses complaintes désuètes et lancées vers le ciel. Ses complaintes d’amour, de chance, de bonheur, de simplicité et d’espoir.

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A ECOUTER EN PRIORITE
I Feel a Change, Stay Away, Can’t Fight The Feeling


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