Cat Power – « Jukebox »

Jukebox[Album]
21/01/2008
(Matador/Naive)

Cela fait plus de dix ans maintenant que Cat Power, Chan Marshall dans le civil, tient une place de choix sur la scène rock indépendante mondiale. Et pour cause, appuyée par une discographie à rallonge, la belle Américaine aura imposé une voix qui fait désormais l’unanimité, dont l’âme remplit l’espace à chaque fois qu’elle résonne, et cela qu’on apprécie ses choix en matière d’orchestration, de composition, ou non. En effet, ils sont quelques-uns à préférer ses premiers disques à ses derniers, mais Chan Marshall garde incontestablement son organe intact. Elle le prouve une nouvelle fois en ce début d’année avec « Jukebox », un album de reprises, exercice auquel elle s’était déjà adonnée en 2000 avec « The Covers Record »

Sur le papier, pas de quoi faire frémir le grand public, du moins celui qui ne la connaîtrait pas encore. Sauf que lorsqu’on s’appelle Cat Power, on ne se plie pas bêtement à ce concept, on le flanque sans retenue de sa personnalité artistique, d’un minimalisme bien connu, au point qu’on en oublierait presque les originaux, parfois très éloignés de ce que Chan Marshall en a fait ici. Et cela, même si la belle, à la différence du premier volume, reprend des titres qui lui sont chers, entourée de musiciens et non plus en formations piano/voix ou guitare/voix (à l’exception de « Silver Stallion ») qui avaient l’avantage de jouer la carte non négligeable de l’intimité, de la proximité, relevant encore plus la beauté de sa voix

Ici, et sur chaque titre, un semblant de mélodie est préservé tandis que le reste est rasé puis reconstruit. C’est pourquoi il n’est pas forcément évident de reconnaître le « New York New York » de Sinatra quand Cat Power s’y colle. Idem sur le « Ramblin Man » de Hank Williams (« Ramblin (Wo)man » ici) dont elle écarte l’entrain pour en faire une belle balade pop/soul, le « I Believe In You » de Bob Dylan soudainement électrisé, ou le « Don’t Explain » d’une Billie Holiday modernisée. Parfois pourtant, Chan Marshall se montre plus respectueuse, comme sur le « Lost Someone » de l’inégalable James Brown, les « Blue » de Joni Mitchell et « Silver Stallion » de The Highwaymen qu’elle rend pourtant légèrement plus soporifiques encore, ou le « Woman Left Lonely » de Janis Joplin

Ajoutez à cela une revisite de son « Metal Heart », déjà au tracklisting de « Moon Pix », l’inédit « Song To Bobby », plus linéaire que ce à quoi elle nous avait habitué, et « Jukebox » s’inscrit autant dans la lignée de « The Greatest » que dans celle des plus vieux albums que les fans regrettent toujours. Incontestablement, il règne ici une osmose perceptible entre Chan Marshall et ses musiciens qui prouve qu’un album de reprises ne s’apparente pas forcément à un vulgaire karaoké. On parlera donc plutôt de performance, car « Jukebox », bien que très inspiré, ne se hisse pas au rang d’un véritable album.

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