Carla Bozulich – ‘Quieter’

Carla Bozulich – ‘Quieter’

Album / Constellation / 11.05.2018
Expérimental


Artiste multi-facettes, Carla Bozulich est un des astres les plus discrets et précieux du culte label montréalais Constellation, connu pour héberger des artistes souvent engagés, partageant un même rejet des codes pour un résultat la plupart du temps passionnant. Parfois qualifiée de musicienne ‘art-punk’ à défaut d’adjectifs plus appropriés, elle développe depuis un peu plus de dix ans en solo et avec son groupe Evangelista une œuvre tourmentée, affranchie de toute contrainte formelle.

Une liberté sans compromission doublée d’une dévotion totale à son art qui lui vaudra un sérieux problème de surdité (heureusement temporaire) lors d’une tournée en 2014, Carla Bozulich refusant de porter en concert des protections auditives qui l’empêcheraient de s’abandonner totalement au maelstrom sonore de ses prestations. Cette expérience traumatisante du silence imposé et de l’isolement a nourri ce nouvel album, moins bruyant que les précédents comme l’annonce sans détour son titre, Quieter. Plus calme donc, mais loin d’être apaisée pour autant, l’artiste américaine nous offre avec ce nouvel opus un voyage intime à travers des paysages sonores tantôt mornes, tantôt lumineux, toujours à fleur de peau. Sa voix y fait office de guide, déployant une palette allant du chuchotement au gémissement, en passant par des hululements fantomatiques.

Le ton introspectif de l’album est donné d’emblée sur le superbe Let It Roll, ouverture sombre et menaçante aux accents orientaux servant d’écrin à une complainte mystique et désespérée. Stained In Grace et Emilia poursuivent dans cette même veine, explorant les tourments de l’artiste au sein d’un décor primitif tissé de boucles de violoncelle et de guitare, dans une démarche finalement pas très éloignée de ses collègues de Constellation (notamment Efrim Manuel Menuck).

Si les moyens employés peuvent paraître familiers, le relatif dépouillement permet néanmoins à Carla Bozulich d’exprimer, au-delà de ses talents de vocaliste, toutes ses capacités d’artiste sonore au service de titres à l’étrangeté éblouissante. Elle malaxe, étire et triture ses boucles et samples pour sculpter ici des prisons de verre entourant sa voix de réverbérations aveuglantes (Glass House) et imaginer là des volutes de fumée étourdissantes s’échappant vers le ciel (Written In Smoke). Le titre de clôture (End of the World), ballade guitare-voix jazzy, fait ainsi presque office d’intrus à l’issue de cette odyssée sonique. Cette diversité ne doit cependant pas étonner dès lors que Quieter est composé essentiellement de morceaux enregistrés çà et là, issus des abondantes archives non publiées de l’artiste nomade.

Au-delà de ses attraits expérimentaux, Quieter est un album (relativement) accessible et captivant, d’une intensité émotionnelle rare, sans jamais verser dans la lourdeur. En mettant de côté le bruit et la fureur pour donner davantage d’espace à sa voix, ses respirations, ses battements de cœur, Carla Bozulich nous offre un disque d’une humanité confondante.

ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
Let It Roll, Written in Smoke, Glass House


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