C.A.R. – ‘My Friend’

Album / Kill The Dj / 03.11.2014
Pop baroque

Cela fait longtemps que la voix de Chloé Raunet résonne dans nos colonnes. Après l’aventure fébrile mais belle de Battant, trop vite interrompue par la mort tragique de Joel Dever, l’artiste a douloureusement tourné la page avec un nouveau projet, accouché par la nécessité de se reconstruire. Longuement interviewée dans nos colonnes il y a peu, elle dissipait quelques mystères autour de ce nouveau virage, celui qui lui est le plus personnel. Après plusieurs EPs également présentés ici, voici ‘My Friend’, premier album tricoté autour des titres qu’elle avait déjà distillés ces derniers mois.

Introduit par ‘Angelina’, minimal et lumineux, porté par ‘les’ voix de la cantatrice, l’album présente un visage ambigu, à l’image de sa génitrice, à la fois léger et ténébreux, pop et industriel. À ce titre, ‘HIJK’ en dit long sur les fulgurances dont la Canadienne est capable. La pièce, dévoilée en début d’année et utilisée par Hermès pour son défilé automne/hiver, jouit d’un magnétisme obsédant, urbain et trouble. Car la force de C.A.R réside dans sa faculté à éviter les poncifs, et la facilité. Aussi belle soit-elle, son identité n’a rien de fondamentalement accessible. Au contraire, en s’inspirant de son environnement, elle laisse, consciemment ou non, des éléments dissonants infiltrer ses compositions. ‘A Ticket’, consacré à Londres, résume parfaitement l’exercice de style par ses ruptures savoureuses.

L’album n’est pas non plus dénué de tous défauts, notamment l’absence d’un déroulement mieux construit et d’une narration plus imposée, certainement victime de l’accumulation de titres issus des maxis sortis au cours de l’année. Mais qu’importe, ici, les risques sont sans cesse assumés, qu’il s’agisse de ‘Glock’d’, étonnante variation velvetienne, ou surtout ‘La Petite fille du 3ème’, reprise ô combien estimable de Christophe, sobrement réarrangée, certes moins anxiogène que l’originale mais formidable de naïveté.

Au final, ‘My Friend’ est tout ce que l’on attendait de C.A.R, imparfait, sans doute moins brillant lors de sa seconde partie, mais un disque britannique à souhait, dans toute la diversité musicale qu’incarne la Royale Albion. Un album terriblement attachant que ce soit dans ses éclairs de génie ou ses défauts.

‘HIJK’, ‘La Petite fille du 3ème’, ‘Idle Eyes’

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