Bumcello – « Lychee Queen »

Lychee Queen[Album]
09/06/2008
(Tôt Ou Tard/Warner)

Dans un monde où la musique paraît de plus en plus formatée, les artistes réellement polyvalents et novateurs se font rares, bien souvent écrasés par des productions lisses et sans saveurs dans tous les genres existants. Il reste heureusement encore quelques activistes dans cette catégorie d’artistes en voie de disparition, dont les français de Bumcello font incontestablement partie. Si bien qu’il n’est aujourd’hui plus possible de passer à côté de leurs disques, tant le duo est porteur d’une démarche salutaire pour le champ musical

Formé du percussionniste Cyril Atef (aka Bum) et du violoncelliste Vincent Ségal (aka Cello), tous deux musiciens hors pair et pluri-instrumentalistes, Bumcello est l’exemple même du groupe iconoclaste, transfrontalier, imprévisible, qu’on classe commodément du côté de l’électro mais qui trouverait facilement sa place dans la majeure partie des catégories musicales, du jazz au hip-hop en passant par la world ou le rock (il n’y a qu’à aller jeter un oeil sur leur site internet qui présente astucieusement le large panel de leurs influences musicales: Nina Simone, Black Uhuru, The Clash, Public Enemy, KRS One, EPMD, Fela Kuti, Sun Ra, Sergio Mendes, Bela Bartók et tant d’autres…). Après plus de dix ans de parcours commun, cinq albums à leur actif et des collaborations à n’en plus finir (qui vont de Matthieu Chédid à Zenzile en passant par Susheela Raman, Keziah Jones et Dj Mehdi), ce dernier « Lychee Queen » s’intègre plus que jamais dans l’optique artistique du combo, qui vise à s’extraire des répertoires préétablis en cherchant musicalement l’instable et l’improvisé

Ce sixième album contient ainsi un foisonnement de richesses impressionnant, déjà perceptible dans la diversité des featurings qui le traverse (notamment avec le flûtiste Magic Malik et le trompettiste Ibrahim Maalouf, venus du jazz, mais aussi avec Tommy Jordan, le crew Quannum et Chocolate Genius). On y retrouve bien sûr les tonalités atypiques et malléables du violoncelle de Vincent Ségal qui bercent et apaisent, comme dans l’irrésistible « Lychee Queen », l’onirique « House Fire Bird », flirtant avec la musique classique, ou l’élégant « Mandragore ». « Lychee Queen » regorge par ailleurs de références à la world music, comme dans l’électrique « Ardi Built Half Of LA » aux sonorités orientales, « Salvador » et ses délicieux riffs de guitare brésilienne, ou « Assiko Mintanan », en featuring avec l’artiste camerounais Mama Ohandja qui nous projette instantanément sur le continent africain au travers de rythmes frénétiques

Mais cet opus nous prouve aussi avec brio que Bum et Cello sont bien des passionnés de hip-hop authentique et conscient, comme l’illustrent les titres aux beats affutés et au groove parfaitement dosé « Bakin’ In The Sun » (dans lequel Cyril Atef s’essaye au chant) et « No Enemies » (feat. Chocolate Genius), ou encore l’énormissime « One Two Three », featuring à tomber par terre avec Blackalicious et le groupe de funk des 70s Tower Of Power, aux accents soul contagieux

En nouveau manifeste de la « musique ouverte » (comme le prouve si bien la longue improvisation de « Hey Hey Hey Hey Hey »), « Lychee Queen » dévoile un son résolument libéré, qui nous offre en douze titres un merveilleux voyage chargé de saveurs fruitées et d’énigmes acoustiques (comme le déjanté « Eurostar », présentant Magic Malik au chant, et évoquant les rêves de clandestins devant le tunnel sous la Manche). Bumcello enchaîne ainsi les tubes dans cette fresque sonore aérienne et éclectique dont on déguste chaque minute avec le même enthousiasme. Un album tellement désaltérant qu’on en redemanderait sans fin

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