Bulbul – « Bulbul 6 »

Bulbul 6[Album]
02/06/2008
(Exile On Mainstream/Southern)

Attention phénomène! D’ordinaire assez discrète, voilà que la scène rock indépendante autrichienne laisse un de ses meilleurs représentants s’offrir un peu de lumière à l’international avec la sortie de son dixième album. Un destin quelque peu mérité pour Bulbul, aujourd’hui récompensé d’une persévérance à toute épreuve depuis 1998, qui lui aura permis de se faire progressivement un nom, et de s’acoquiner avec l’intelligentsia jazz/noise mais aussi electro expérimentale. Non, ne fuyez pas, car ça ne fait pas de ce « Bulbul 6 » un album inécoutable ou totalement tiré par les cheveux, ou l’on vient chercher cette complexité absolue devant laquelle certains aiment s’extasier sans même la comprendre

Certes, ce disque étonne, passionne, rafraîchit, ne fait pas l’effet de cette masse musicale responsable de votre teint devenu verdâtre. Dés les premières notes, il ne subsiste aucun doute sur le fait d’avoir affaire là à un groupe à part: un sentiment qu’on a déjà eu par le passé en s’abreuvant de la musique de Sand par exemple. Bulbul est imprévisible, drôle (« my lady has a moustache », « daddy was a girl i liked » peut-on entendre ici ou là), parfois groovy (« Tighten », l’excellent « Tighter »), capable du plus glauque (« Shenzhou » feat Carla Bozulich, « Fremder Hingepisst », l’aliénant final « Das Stück ») mais aussi de plonger son rock avec originalité dans un bon bain disco revigorant (« When Sun Comes Out »), et de vous faire ainsi vous déhancher sur des sonorités inhabituelles. Comme si, finalement, la noise et les agressions de ses instruments (basse, batterie, guitare, synthé) pouvaient se révéler festives. Testez « Where The Hell Is Dj Fett » pour voir: le pouet pouet n’a jamais si bien sonné… Et c’est cette approche, résumée dans le fait que cet album rock soit confié à un producteur électro (Patrick Pulsinger), qui garantit au public une accessibilité essentielle pour ne pas parler uniquement à cinq ou six abrutis pour qui la musique ne doit rimer qu’avec performance, et si possible ne pas se partager

C’est là tout le talent de Bulbul: emmener dans ses délires tordus (« Changzheng » trahirait peut-être un penchant pour les substances illicites) les mélomanes les plus exigeants, mais aussi de simples curieux sans leur infliger une migraine mémorable. Car il y a de la pop dans cet album, pas la pop classique, mais de la pop quand même, avec des structures en kit que le groupe s’amuse parfois à monter à l’envers, en oubliant des pièces ou en les inversant, histoire de faire compliquer plutôt que simple, parce que c’est beaucoup plus drôle, tout simplement. Il y a du heavy rock aussi (les ravageurs « Lack Of The Key » et « Dust In My Zimmer »), du métal, du crossover, du gothique même diront certains… Il y a finalement de tout dans Bulbul, tout bonnement parce que ce trio possède assez de talent pour se laisser aller à toutes ses envies (toutes aussi différentes qu’indispensables à la richesse du disque) et laisser libre cours à diverses interprétations

Du coup, au final, cette chronique décousue car possédée (faute avouée…) ne sert à rien puisque tout le monde entendra dans « Bulbul 6 » ce qu’il y souhaite. Sauf que ce tout le monde arrivera toujours à cette même conclusion: ces trois mecs joliment barrés n’ont aucun équivalent à ce jour. Et quand, en plus, aucune prétention ne transpire d’un tel album, on ne peut que le trouver plus époustouflant que rebutant. Ce qui en fait une expérience licite, à vivre plutôt qu’à lire, qui pourrait bien changer définitivement votre perception de la musique. Ne restera alors plus qu’à retarder au maximum la redescente

Ecoutez un extrait ici.

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