Brutus – ‘Nest’

Brutus – ‘Nest’

Album / Sargent House / 29.03.2019
Post métal

Brutus n’est pas dans la séduction. Le trio belge signé chez les américains de Sargent House n’a pas vocation à se masquer derrière des apparats mensongers. Ici, pas de pochette éblouissante pour provoquer l’achat compulsif, seulement quelques coups de marqueurs en noir et blanc, et un nom de groupe qui peut évoquer au choix le méchant dans Popeye, l’assassin de Jules César, ou un nom de chien agressif. Le groupe a beaucoup plus à offrir que ce qu’un jugement rapide laisserait présager.

Brutus se définit musicalement entre Slowdive et Slayer. A l’écoute de Nest, on pourrait essayer de préciser cette situation, mais rapidement l’écart des comparaisons maintient intact le spectre proposé par le groupe. On songe à Björk sur l’introduction de Space, comme sur le caractère lyrique des envolées vocales de War. Néanmoins, les facultés de hurlement de Stefanie Mannaerts, la chanteuse également à la batterie, sont plus proches de celles de Donita Sparks (L7) que de l’Islandaise, et les instrumentations oscillent dans une atmosphère mouvante entre post rock (Sugar Dragon), punk (Blind) et hardcore pur (Horde V). Les guitares, jouées en doubles croches sur une seule ou deux cordes, pourraient faire office de liant entre ces différents registres.

Mais on ne fait ici que rajouter des pierres comparatives à l’édifice massif qu’est le second effort des trois flamands, arrivant deux ans après le très réussi Burst marqué d’influences aussi vastes qu’éloignées, et forgeant le caractère profondément novateur de Nest. Le trio – un classique guitare-basse-batterie – va systématiquement à l’essentiel et, une fois passé l’étonnement face à la technique requise pour être capable d’exécuter ces prouesses, fait de ses parties vocales et rythmiques assurées par la même personne un pan non négligeable de son identité musicale. La batterie appuie directement la voix, la puissance des cymbales percutées agissant directement sur l’amplitude du chant. La vidéo de l’enregistrement live du titre War à Rain City (voir ci-dessous) témoigne de ce dialogue entre force percussive et orale.

Il y a une concomitance entre jubilation et rage, joie et catharsis, lorsque Stefanie Mannaerts, avec une sincérité qui file la chair de poule, exhorte l’auditeur à déclencher sa propre guerre: ‘Unleash your war / Your hate will always be my guide‘. Les tripes sont posées sur la table, la puissance est directe, la peur des jugements est balayée d’un revers de main. Le point de vue d’un esthète trop porté sur les apparences sera probablement sévère avec certains aspects de Brutus. Le lyrisme de la chanteuse confine parfois à l’emo, l’affectation saturée se rapproche parfois dangereusement d’un rock mainstream. Mais Brutus s’aventure où bon lui semble, et les premières réticences de l’esthète disparaîtront rapidement au fil des écoutes, avant qu’il ne sombre dans l’addiction.

VIDEO
ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
Techno, War, Sugar Dragon


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