Brother Ali – « Mourning In America & Dreaming In Color »

bro180Album
(Rhymesayers)
17/09/2012
Hip hop

Porté depuis ses débuts par la confiance indéfectible de quelques initiés, Brother Ali n’est plus tout à fait le même depuis 2009 et la sortie de l’excellent « Us » dont il confiait la production à Ant. En effet, s’il n’a pas foncièrement changé, l’homme est aujourd’hui considéré comme un des cadors du hip hop indépendant, parmi les El-P, Aesop Rock ou Atmosphere, indispensables pour éviter au hip hop de s’en remettre uniquement à une frange mainstream cédant souvent aux affres de la pop. Plus que jamais gage d’authenticité, Ali profite de la mise en veille des superstars pour rallier le démarrage d’un nouveau cycle indie avec « Mourning In America & Dreaming In Color », un nouvel album dont la pochette à elle seule promet son lot d’engagement.

Ca ne manque pas: le temps de quatorze nouveaux titres, Brother Ali refait le faciès de l’Amérique en pointant ses nombreux travers du doigt. Facile pourriez vous déjà conclure… Sauf que le Mc, conscient du réveil démocratique qui gronde, n’est pas du genre à se contenter de critiques faciles et, plutôt que d’afficher une radicalité de surface, ne manque pas d’agrémenter son analyse de quelques propositions constructives ayant pour but de pousser les gens à prendre conscience de leur pouvoir, de leurs responsabilités, puis à réagir. Alors qu’on pourrait déceler une certaine mégalomanie dans le propos, nous préfèrerons sans conteste y voir un haut degré d’intelligence, comme on en croise trop rarement dans le hip hop.

Voilà pour le fond. Et la forme alors? Bien que « Mourning In America & Dreaming In Color » reste un très bon album, c’est précisément sur ce point qu’il peine à égaler son prédécesseur. Non pas moins bon, seulement différent, il dépend cette fois du travail d’un Jake One (50 Cent, De La Soul…) nettement moins chaleureux, groovy et mélancolique que pouvait l’être Ant sur « Us ». Question de goût donc. Toujours est-il que rééditer n’était clairement pas le but, et Brother Ali profite donc de cette énième collaboration avec le producteur pour conduire un opus plus dynamique, sûrement plus varié aussi, ou les samples sont généralement privilégiés à la basse, et ou son flow se fait moins chantant.

« Mourning In America & Dreaming In Color » jongle donc avec les ambiances. Quand il n’adopte pas le ton grave et confessionnel de 2009 qui sied si bien au flow d’Ali à en croire les meilleurs titres (« Letter To My Countrymen », « Fajr », « Namesake », le magnifique « All You Need », les contours soul de « My Beloved »), il opte pour un autre plus enjoué et puissant (« Work Everyday », « Mourning In America », « Gather Round »), ou se contente simplement d’un compromis (« Only Life I Know », « Stop The Press », « Need a Knot ») manquant trop souvent de relief pour marquer aussi fortement les esprits que les « Fresh Air », « The Travelers » ou « Us » qui tournent encore régulièrement sur les platines avec un plaisir intact. C’est toute la difficulté de la constance, ce graal auquel même les plus talentueux n’ont pas toujours droit. Néanmoins, ici aussi, Brother Ali reste au dessus du lot.

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En écoute intégrale

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