Brain Damage – « Short Cuts »

Short Cuts[Album]
10/03/2008
(Jarring Effects/Discograph)

De toute cette nébuleuse qu’est devenue la scène electro dub française, Brain Damage s’en tire toujours plutôt bien en affublant désormais chacun de ses disques d’un concept fort. Surtout depuis une poignée d’années maintenant, et ce « Spoken Dub Manifesto » très réussi, regroupant quelques poètes sous l’étendard du dub. Fort de cette expérience plus ou moins renouvelée ici (les intervenants spoken word sont nombreux, qu’ils soient français, anglais, bosnien, catalan, arabe, allemand ou polonais), le groupe remet le couvert en adoptant l’approche de The Residents, et de leur « Commercial Album » qui, en 1980, s’était donné comme but d’enchaîner une quarantaine de titres ne dépassant pas la minute, simplement constitués d’un couplet et d’un refrain. Ainsi, « Short Cuts » dépose une sensation d’urgence et d’intensité qui rassurera certainement les adeptes des morceaux courts, chose assez rare dans un contexte dub, d’ordinaire voué au développement et à la lente progression des idées

Autre surprise pour le moins enthousiasmante, Brain Damage n’hésite plus à s’écarter de son style de prédilection, même si celui-ci reste tapi dans l’ombre de chacun de ces 24 titres. Illustration dés l’entame de ce disque et son introduction acoustique et popisante (« Parce Que J’en Ai Marre »), annonçant la couleur d’un contenu harmonieux. Suivent un trip hop habité (« Bok »), un post rock attirant (« The Palm Reader Is On Acid »), un downtempo hypnotique (« Mi Nismo Voda Broj1 »), une minimale hantée (« Armer Kopf »), quelques uns des flagrants exemples venant ponctuer un registre qui revient aussi forcément vers l’electro dub originel du groupe (« Children Of Pallakad », « Munduh », « Sta? », « Trupy »). Mais quel que soit le style adopté, Brain Damage souligne une constante apportant toute la cohérence et l’homogénéité de ce nouvel album: un travail de studio de titan, pas toujours audible mais bien présent (preuve de talent), et un goût prononcé pour la mélancolie, qui contribue à rendre venimeux chacun des morceaux

Du coup, à l’écoute de ce « Short Cuts », les regrets se retrouvent presque aussi nombreux que les satisfactions qui en découlent. En effet, si on se serait passés de certains titres (« Stérile » ou « Tic Tac Tic », l’immonde final « Le Jazz De Pépé »), on aurait aimé en revanche que d’autres puissent s’éterniser un peu (« Toxine », « Plot/Propose », ainsi que les jolis écarts du début), comme il est prévu qu’ils le soient sur scène. Ainsi, les regrets sont satisfactions, et vice versa. En gros, Brain Damage vient une nouvelle fois brillamment chambouler nos esprits quelque peu formatés, et prouve que l’electro dub ne s’est finalement pas encore totalement dévoilé. Cela, rien n’était moins sûr avant ce nouvel album, de ce fait vivement conseillé quels que soient vos à prioris

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