Braille – « IV »

IV[Album]
24/05/2008
(Syntax/Import)

Si rares sont les occasions de s’intéresser aux sorties étiquetées « rap chrétien », « IV » du Mc Braille fait indéniablement partie de celles-là. Pour autant, que les plus sceptiques se rassurent d’entrée de jeu, la référence religieuse s’entend a minima chez ce jeune rappeur de Portland, également membre du groupe Lighthead, qui évite simplement de verser dans la haine et le sexisme chaque fois qu’une occasion se présente, préférant – selon ses termes – « répandre l’amour ». Avec un programme aussi vaste qu’ambitieux, nul ne s’étonnera de la discographie déjà conséquente de Bryan Winchester, 27 ans, auteur d’un premier solo en 1999 (« Lifefirst : Half The Battle ») et d’une seconde tentative plus réussie il y a quatre ans avec « Shades Of Grey ». Bien décidé à lutter contre la négativité ambiante, celui dont l’épiphanie survint à l’écoute du « Midnight Marauders » d’A Tribe Called Quest revient, bien entouré, avec un album sur lequel il s’en donne à coeur joie dans un rap à l’énergie communicative. « If the beat was a man, this is cannibalism »

Conscient de ses capacités, Braille a l’intelligence de varier les productions sur chacun des titres de l’album. En faisant appel à Shuko en disciple de Dr Dre (période Doggystyle) sur « Submission » ou à Barry Hampton sur le downtempo « Many Stories », toutes les occasions sont bonnes pour lui de faire évoluer sa manière de poser, tantôt hargneuse quand il s’agit d’évoquer le déroulement d’un simulacre de procès (« Mental Guard » par le très inspiré Aetoms), tantôt posée sur les accords jazz de « Remember Your Path » (feat. Rob Swift). Lumineux et sombre (« Constantly Growing »), « IV » fait la part belle à un panel d’instrumentaux « classiques » de bonne facture, sans pour autant négliger la prise de risque. A ce titre, mention spéciale pour l’OVNI « Counter Attack », produit par Oh No, qui fait monter la pression et les aigus des violons breakés jusqu’au point de non retour. De loin le morceau le plus réussi du disque. Mais d’un bout à l’autre, Braille ne ménage pas ses efforts: « It’s a pleasure to share with you » nous assure t-il et on le croit, tant l’énergie déployée pousse l’auditeur à adhérer à la démarche éclectique du Mc, à quelques exceptions près dont le trop fade « Playing With My Role », un bonus presque anecdotique en comparaison du reste

Truffé de punchlines au service d’un flow rentre-dedans, « IV » affirme davantage encore la personnalité de son auteur, un Mc dont l’efficacité ne repose pas sur un ensemble de figures/postures imposées. Alliant le fond à la forme sur la majorité des dix-neuf titres du disque, Braille, malgré quelques faiblesses en cours de route, parvient sans peine apparente à nous livrer un album aux ambiances et aux textes cohérents, aux productions soignées à défaut de révolutionner le genre, réhabilitant à son niveau l’art « ancestral » du Mcing, percutant et précis à la fois. Un retour aux fondamentaux particulièrement appréciable à l’heure où vocoder et autres effets de production sévissent à l’unisson

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