Blue Sky Black Death – « Late Night Cinema »

Late Night Cinema[Album]
28/04/2008
(Babygrande/Nocturne)

Si leur nom signifie « adepte de la chute libre » en slang, les Blue Sky Black Death n’ont pas besoin de parachute tant ils semblent survoler leur sujet. Loin de s’écraser au sol, ils flottent dans leur nébuleuse, univers sonore artistiquement irréprochable, qui risque de faire de Kingston et Young God le duo de producteurs incontournable de l’autre côté de l’Atlantique.

A chaque fois, ils réussissent le pari de nous surprendre, mais surtout, ils semblent sans cesse repousser la limite de leur créativité. Entièrement instrumental, ce « Late Night Cinema » bien nommé (puisqu’il reprend par moment des thèmes plus ou moins connu de fameuses bandes originales) s’inscrit dans la continuité de ce qu’ils nous avaient proposé sur l’un des deux volumes de leur album « A Heap Of Broken Images« . Si « The Era When We Sang » qui ouvre l’album reste assez classique en apparence, il vos faudra vite prendre l’habitude ici d’écouter les titres jusqu’à leur terme, chose à laquelle des artistes de la trempe de Doctor L ou RJD2 nous avait déjà habitués. Faute de quoi vous passerez à côté de nombreuses variations absolument magnifiques, comme ce solo de violon qui vient apporter un supplément d’âme à ce premier morceau qui n’en manquait pourtant pas. Constamment, les deux vont user de ce stratagème pour nous éviter de décrocher lorsqu’un thème semble trop installé. Ainsi, l’influence asiatique de « Lord Of Our Vice » est entremêlée avec l’apport très aérien des multiples samples de voix, couplé à la rondeur du beat pour un résultat aussi original qu’envoûtant

Puisque le cinéma semble être le fil rouge de ce disque, difficile de ne pas mettre des images sur la musique tant « Ghost Among Men », par exemple, aurait pu servir à un polar « à la Melville », ou à un film d’angoisse comme les années 70 nous en ont tant offert. Et le sample d’Ennio Morricone, ici torturé avant d’être reconnaissable, ajoute la poésie que ce dernier ajoutait aux westerns. Même frisson quand Blue Sky Black Death utilise une boucle du thème du « Dernier des Mohicans » de Michael Mann sur « Private Death », d’autant plus quand on sait qu’il résulte de la collaboration forcée mais fructueuse entre deux fameux compositeurs de B.O (Trevor Jones et Randy Edelman). Comme un clin d’oeil à l’histoire? Il n’empêche que le beat qu’ils associent à l’ensemble, rapide et saccadé, détonne, mais trouve sa place au fur et à mesure que les secondes s’égrènent. Ajoutez les violons de Nancy Kuo et Valerie Coon (très présentes sur l’ensemble de l’album) et vous obtenez une nouvelle petite perle du genre

Sachant toujours aussi bien varier les ambiances, « Shoot You Dead » invite plutôt à la réflexion et se veut être un léger break flirtant vers le downtempo, aux chants hypnotiques heureusement assez brefs. Il fallait également oser mélanger des violons à la fibre tragique, à la légèreté d’une trompette discrète mais bien présente, afin de rendre « Listen Child » encore plus enivrant. On frise l’excellence à tous les niveaux, s’essayant même dans un genre plus electro-pop avec « My Work Will Be Done ». Un peu ce que Moby ferait s’il avait du talent, cette touche hip hop en plus qu’ils arrivent à insuffler dans toutes leurs versions. « Forgive Me », « Different Hours », « All The News Is Bad Again », « Legacy To Fuel » sont autant d’exemples supplémentaires de la maîtrise qu’ils affichent, nous offrant un opus conceptuel tout simplement magistral

On ne peut trouver de comparaison ici qu’avec des artistes comme Blockhead, El-P ou Cinematic Orchestra pour situer le niveau de ce « Late Night Cinema ». Il s’inscrit d’ores et déjà comme un classique du genre, mêlant la créativité hors norme des deux californiens à une ouverture d’esprit ici évidente. Faisant preuve de la même maestria quand il s’agit de produire pour les autres, les yeux risquent de se tourner de plus en plus vers San Francisco, qui a pris l’habitude d’accoucher d’artistes incomparables. Tout comme Q-Bert (natif lui aussi de la Bay Area), on leur souhaite de marquer l’histoire du hip hop. Leur « sans faute » réalisé jusqu’ici parle pour eux

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