Blue Sky Black Death – « A Heap Of Broken Images »

A Heap Of Broken Images[Album]
26/06/2006
(Mush/Differ Ant)

Deux albums dans l’année sortis sur deux labels différents, il n’en fallait pas plus à Blue Sky Black Death pour se faire rapidement un nom, et se placer dans le viseur de pas mal de férus de hip hop, artistes bien installés compris. Il faut dire que Kingston (aka The Orphan connu pour ses travaux avec Noah 23) et Young God, les deux producteurs se cachant derrière cette entité, prennent un malin plaisir à brouiller les pistes, à jouer sur plusieurs tableaux.

Ce jeu du pile ou face, on le retrouve dans le choix des labels avec lesquels ils travaillent: Mush, plutôt marginal dans le milieu, pour ce « A Heap Of Broken Images », et Babygrande, maison plus ou moins bien menée par le Wu Tang Clan et d’obédience plutôt classique, pour le récent et très réussi opus de The Holocaust. Mais ce n’est pas tout: au sein d’un même disque, Blue Sky Black Death est capable de se montrer bien différent. C’est le cas ici, avec « A Heap Of Broken Images » décliné en deux galettes bien distinctes, et représentatives du talent de leurs géniteurs

Côté pile, douze titres instrumentaux d’un hip hop qui privilégie la profondeur, la richesse, au point de parfois flirter avec le downtempo. Aucun détail n’est laissé au hasard, comme sur l’excellent « Days Are Years » ou la mélodie s’impose, ou les guitares et la rythmique s’affirment, comme pour donner la leçon à ces groupes fidèles au mariage de l’électrique et de l’électronique, bien souvent en deçà de ce que peut laisser entendre Blue Sky Black Death ici. Et c’est en totale immersion que l’on comprendra alors toute la signification de ce nom. En effet, chaque titre ici est solidement posé sur un tapis sombre, rendu de temps à autre lumineux par quelques fins arrangements ou notes de toute beauté. « Choloroform », par exemple, dévoile une ambiance pesante, accrue par un semblant de goutte à goutte du plus bel effet; les cuivres de « Not Here » allègent un décor oppressant, tout comme le chant de sirène de « Heroin For God », ou les violons planant au-dessus de « The Dead Tree Gives No Shelter ». Mais, une fois n’est pas coutume, Blue Sky Black Death s’offre le droit de nous enfoncer six pieds sous terre, là ou aucun rayon de lumière n’est autorisé à entrer. C’est le lot de « Rap Creature Land » et de sa rythmique simple mais sans concession, ou de « From Sun’s Angle » lorgnant vers la jungle

Mais en talentueux et dévoués producteurs, Kingston et Young God savent évidemment se mettre au service du hip hop indépendant. C’est tout le programme du côté face, ou d’illustres représentants de cette scène ne pouvaient mieux espérer que les travaux de ces deux Américains pour sublimer leurs flows. Car en vrais gentlemen, les Blue Sky Black Death ont la décence, que certains regretteront, de ne pas se montrer aussi riches qu’en version totalement instrumentale (à l’exception peut être de « Everything » feat Awol One). À tort parfois effectivement, à raison souvent car trop de détails derrière une voix auraient sûrement résulté sur une seconde partie trop riche et bordélique. Non, ici le duo se veut plus respectueux des règles classiques, comme ils l’ont récemment été, avec brio, sur l’album de The Holocaust, présent ici sur « I Catch Fire ». Force est de constater qu’il ne s’agissait pas là d’une exception, d’une osmose chanceuse. Et ce n’est pas A-Plus et Pep Love (« Street Legends »), Guru et Chief Kamachi (« Floor Chalk »), ou Rob Sonic et Mike Ladd (« Long Division ») qui apporteront un bémol à ces dires

Deux faces, deux visages, deux ambiances, et un tout qui ne fait que souligner le talent incontestable de Blue Sky Black Death. Deux albums en un an, deux réussites, voilà de quoi laisser penser qu’on n’a pas fini de voir ces deux noms aux crédits des futures sorties hip hop d’outre Atlantique. Les deux pieds sur terre, le doigt pointé vers le ciel, c’est ce que semble dire le vent

En écouteStreet Legends

Achetez sur :

  • Achat sur Amazon
  • Achat sur ITunes
À lire ou écouter également:

,

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire