Blue Scholars – « Bayani »

Bayani[Album]
01/09/2007
(Rawkus/Nocturne)

Rawkus encore et encore… Le label rayonne désormais sur tous les Etats Unis. Jusqu’au nord ouest et plus précisément Seattle qui vient, par là même occasion, renforcer sa place d’outsider sur la carte du rap avec Blue Scholars, duo composé du Mc Geologic et du producteur Sabzi. Déjà auteur d’un premier album, puis du maxi « The Long March », le duo fait sa véritable entrée médiatique avec « Bayani », un disque dans la pure tradition des A Tribe Called Quest, Digable Planets, Gangstarr et Pete Rock & CL Smooth

Un brin poète, un flow qui se laisse apprécier pour sa facilité de compréhension, des mélodies aussi chaleureuses qu’accrocheuses, quelques scratches bien sentis, Blue Scholars ne va donc pas chercher midi à quatorze heures, ne se prétend pas révolutionnaire, mais étale avec délicatesse un hip hop classique qui aurait (trop?) tendance à vous caresser dans le sens du poil (« Opening Salvo », « North By Northwest »). Voilà certainement son seul défaut qu’il faut peut-être aller chercher dans le background très différent des deux acteurs: le premier a écumé les battles et s’est fait un nom au sein du microcosme spoken word, l’autre officiait derrière la batterie d’un groupe de ska-punk quand il ne se présentait pas en pianiste jazz confirmé

Toujours est-il que « Bayani » se démarque de la masse insipide des productions hip hop. Si, musicalement surtout, il apparaît comme facile tout au long de ces quinze titres, Sabzi ne cesse de servir au mieux les lyrics du fin narrateur Geologic respirant la matière grise, y compris lorsqu’il s’engage avec beaucoup de finesse sur un terrain politique aussi miné que stéréotypé. Ainsi, le Mc met sur le tapis des sujets aussi lourds que la guerre en Irak (« Back Home »), le commerce international du point du vue occidental (« 50 Thousand Deep »), ou l’immigration (« Xenophobia »). Mais n’allez pourtant pas enterrer trop vite ce cher producteur qui, même s’il abuse parfois du synthé (« Loyalty »), fait aussi preuve de son talent en sachant parfois s’effacer au profit de son acolyte. Cela ne l’empêche d’ailleurs pas de s’offrir quelques coups de génie qui propulsent autant de titres parmi les plus réussis de la jeune carrière de Blue Scholars. Parmi ceux-là, des « Second Chapter » et « 50 Thousand Deep » de velours, « Still Got Love » et ses sons tout droit puisés dans les jeux vidéos des 90’s, le plus affirmé « Fire For The People » et le très jazzy « Morning Of America »

« Bayani » est donc un de ces albums hip hop à ne pas juger à l’emporte-pièce, l’impression rébarbative due à une ambiance générale très downtempo laissant très vite la place à l’enthousiasme à chaque écoute répétée. Plus encore, il touche par une modestie apparente qui s’avère finalement être une belle preuve d’intelligence et de savoir faire. Blue Scholars redore le hip hop, le rend plus musical, et s’inscrit hors du temps par la même occasion. Ne soyez donc pas surpris si vous lisez ailleurs que dans nos lignes que ce « Bayani » n’en vaut pas la peine. Que ceux qui clament ce genre d’âneries retournent vite à leur 50 Cent..

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