Blockhead – « Downtown Science »

Downtown Science[Album]
17/10/2005
(Ninja Tune/Pias)

Si Blockhead s’est d’abord fait connaître pour ses talents de producteur au service d’Aesop Rock, il a, depuis son premier album « Music By Cavelight », passé ce simple stade pour s’imposer dans la famille restreinte des artistes de la trempe de Dj Shadow ou Rjd2. Moins fun que ce dernier et pas encore au rang de l’universel dj du collectif Quannum, l’américain revient avec un « Downtown Science » qui confirme néanmoins haut la main tout son bien pensé

Car Blockhead a définitivement sa patte artistique. Son hip hop est profond et sensible, chiadé au point d’être un tantinet moins accessible et accrocheur que son précédent opus et ses éternelles références. Pourtant, le titre d’ouverture, « Expiration Date » se rapproche dangereusement de Shadow, notamment grâce à son beat et son ambiance à la fois oppressante et mélancolique. On le préfèrera néanmoins dans un registre plus personnel, comme sur le trop court « Serenade », ou cordes et claviers caressent l’auditeur dans le sens du poil et viennent même laisser échapper quelques accents soul, ou sur « Quiet Storm » relevé par un groove indéniable malgré une rythmique sans concession. Mais les deux trublions de l’electro hip hop ne sont, semble t-il, pas les seuls à avoir marqué Blockhead: « The First Snowfall », excepté ses riffs électriques, lorgnerait plutôt vers la légèreté d’un Boards Of Canada. Pourtant, n’allez pas croire que Tony Simon de son vrai nom n’a pas fait l’effort de se renouveler. Si « Music By Cavelight », doté de quelques titres forts, souffrait avec le recul d’un petit manque de relief et de diversité, « Downtown Science » en possède un peu plus, comme le prouvent « The Art Of Walking », aux virgules de clarinette et aux relents disco surprenants auxquels Mr Scruff ne restera sûrement pas indifférent lorsqu’il y jettera une oreille, « Stop Motion Traffic » et « Good Block Bad Block » plus froids, plus épurés car plus imprégnés par le rock

Blockhead dévoile donc toute sa richesse en douze titres réfléchis et matures, marqués par un gros travail de sample, une ambiance généralement plus enjouée et digeste, et une plus grande régularité, même si on y trouve difficilement des titres à l’efficacité de « Carnivores Unite » ou « A Better Place », points d’orgue de « Music By Cavelight ». « Downtown Science » tape donc fortement à la porte des modèles de son géniteur et ce, sans aucun complexe. Voilà un album qui s’extirpe, comme ceux de Shadow ou Rjd2, de la légère overdose provoquée par tous les modestes producteurs du genre croyant pouvoir dénicher une place au soleil. Sans compter sur le fait que la version CD s’accompagne d’un DVD proposant les travaux des trois gagnants du concours Ninja Tune dont le but était d’accompagner visuellement « Music By Cavelight » sous forme de promo pop traditionnelle ou de courts métrages. Quand on vous dit qu’il ne se fout pas de la gueule du monde…

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