Blackalicious – ‘Imani Vol.1’

Album / OGM Recordings / 16.10.2015
Bay Area hip hop

Les années 2000 sont passées, et avec elles toutes une génération d’artistes avant gardistes qui se sont tellement usés à changer la donne qu’ils ont fini par en perdre leur voix. De leur côté, les seigneurs de la décennie se sont endormis sur leurs lauriers, laissant la nostalgie lustrer leur égo et de nouveaux cadors (Kendrick Lamar surtout) s’emparer du trône. Que reste-t-il alors du hip hop témoin du passage au nouveau siècle ? Un cercle restreint d’irréductibles soignant encore le fond et la forme. Parmi eux, Blackalicious, oublié depuis dix ans au profit de carrières solo nettement moins marquantes, mais qui revient en cet automne 2015 armé de son projet le plus ambitieux à ce jour.

S’autoproclamant plus matures et plus sages, constat amplement confirmé par les textes de cet album (‘The Hourglass’ notamment), Chief Xcel et Gift Of Gab viennent donc récupérer leur dû : ce statut de formation hip hop progressive et avant gardiste qu’ils ont ouvert à la concurrence depuis la sortie de ‘The Craft‘ en 2005, et qui a rarement tremblé. Définitivement accessible à toutes les oreilles, à toutes les cultures, le duo revient incarner l’humeur caractéristique de la Bay Area (‘Inspired By’, ‘Love’s Gonna Save The Day’) en dévoilant ‘Imani Vol.1’, premier volume d’une trilogie garantissant de le voir occuper la scène durant les deux années à venir.

Fidèle à son identité, Blackalicious retrouve donc naturellement ici l’osmose et la complémentarité qui ont longtemps régné entre le flow hors pair de Gift of Gab, et un Chief Xcel sans pareil quand il s’agit de produire un hip hop efficace, fédérateur, agrémenté d’instrumentations live pour servir ses éternelles couleurs soul/funk. Mais le duo ne se contente pas de livrer seulement ce qu’on attend de lui (‘Blacka’, ‘I Like The Way You Talk’, ‘Alpha & Omega’ avec ses les éternels compères Lateef et Lyrics Born), il va plus loin en laissant également la place à de nouvelles sonorités (‘Escape’ emmené par un piano guilleret) qui actualisent autant son registre qu’elles permettent un recours plus récurrent au chant, trop souvent mièvre (‘Imani’), trop rarement aussi convaincant que sur ‘We Dit It Again’ feat Danielle Flax. Un des signes de la sagesse qui s’est emparée des deux durant la dernière décennie, mais qui ne vient en rien altérer leur image de marque, à défaut de nous pousser à nous interroger sur l’intérêt de trois volumes potentiellement perfectibles au lieu d’un seul album imparable. Réponse au prochain volet.

‘Blacka’, ‘That Night’, ‘I Like The Way You Talk’, ‘Alpha & Omega’

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