Bishop Lamont & Black Milk – « Caltroit »

Caltroit[Album]
15/01/2008
(Music House/2 Good)

Il faudra bientôt être aussi méfiant envers les nouveautés rap qu’envers les produits de luxe très souvent contrefaits. Ce n’est plus un secret, le hip hop, assoiffé de ventes, laisse très régulièrement échapper des opus qui, une fois atterris dans les bacs, laissent interrogateurs un public averti qui en avait à peine entendu parler auparavant, pour ne pas dire jamais. Les producteurs hip hop veulent être partout, faire parler d’eux à tout prix, au point de parfois s’engager sur des projets qu’ils sont incapables d’emmener au bout, et qu’ils sont de ce fait obligés de partager. Alors, les labels se disputent le nom de l’artiste à faire apparaître sur la pochette, bien que le résultat atteigne que trop rarement les attentes. « Caltroit » est en partie concerné. En partie seulement car, malgré ce que semble vouloir nous faire croire son distributeur français, il ne s’agit en rien d’un véritable nouvel album de Black Milk, producteur-mc très en vue actuellement pour ses propres oeuvres comme pour celles de Pharoahe Monch ou Lloyd Banks, puisqu’il se le partage avec Bishop Lamont de l’écurie Aftermath, chère à Dr Dre

En partie, on vous disait, car « Caltroit » restera un des rares street albums à marquer les esprits, peut être parce qu’il regroupe deux figures montantes du hip hop, pas encore assez blasées pour prendre les choses par-dessus la jambe et n’y voir que la somme figurant au bas de la page royalties. Peut être aussi parce que les couleurs de la Californie et de Detroit, deux écoles pourtant bien distinctes, affichent une harmonie impeccable. Preuves en sont le titre éponyme d’ouverture et « Inconvenient Truth » usant à la fois des claviers West Coast et du bounce de Motor City. Mais, point plutôt appréciable, Black Milk et Bishop Lamont possèdent assez de talent pour ne pas tourner en rond tout au long de ce « Caltroit », n’hésitent pas à jouer la touche mélancolique sur « Bad Girl », ou une autre beaucoup plus actuelle, beaucoup plus tournée vers les clubs sur un « Mouth Music » élevé par les apparitions de Guilty Simpson et Busta Rhymes. Ces deux là ne seront d’ailleurs pas les seuls à donner encore plus d’intérêt à ce disque: Rass Kass et Royce Da 5’9 posent sur « Go Hard », Phat Kat donne le point à Detroit sur l’excellent « Goatit » tandis que Planet Asia égalise avec un lumineux « 4 All My Niggaz », Dr Dre pointe le nez sur l’efficace « On Top Now », tout comme Diverse sur un joli « Bang That Shit ». A noter également la présence de Illa J, petit frère de J Dilla, qui ne parviendra pourtant pas à faire de « If You Ready » et « Spectacular » des piliers de cet opus

Méfiez vous donc de ce qu’on vous dit, mais ne tournez pas les talons pour autant. Un jugement trop prématuré vous amènerait, par exemple, à passer à côté de ce « Caltroit », peu attirant de prime abord, et pourtant beaucoup plus riche et homogène que bien des disques hip hop sortis de façon plus officielles. Black Milk et Bishop Lamont ne manqueront ainsi pas de faire passer tout professeur de géographie pour un moins que rien, incapable qu’il sera de placer Caltroit sur la carte des Etats-Unis… Vivement conseillé pour sa culture générale..

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