Beck – ‘Colors’

Beck – ‘Colors’

Album / Caroline / 13.10.2017
Pop


Il y a quelques semaines, lorsque sortait le nouvel album de LCD Soundsystem, James Murphy racontait sur France Inter cette anecdote à propos de David Bowie. Il lui lança: ‘Je suis un grand fan de ton travail et, si tu as écouté ma musique, tu te rendras compte que je n’ai cessé de te piller‘. Ce à quoi Bowie répondit : ‘Tu ne peux pas voler un voleur chéri !‘. Beck fait sans doute partie de cette catégorie d’artistes. De ceux qui ont toujours su s’inspirer de leurs contemporains comme de leurs prédécesseurs, mais pour finalement inspirer leur propre époque. Des artistes capables d’arrêter le temps  à chacune de leurs sorties discographiques. Figure à la fois cinglée et paternelle de l’indie US, Beck n’a cessé d’aller puiser l’inspiration partout où il le pouvait tout en lui insufflant sa propre signature, sa propre folie. De la folk lo-fi de ‘One Foot In the Grave’ aux bricolages punk et délirants de ‘Odelay’, du disco et funky ‘Midnite Vulture’ aux savants mélanges rock/hip-hop de ‘Guero’, ou encore de la pop orchestrée façon Mélodie Nelson de ‘Sea Change’ à celle inventive et ludique de ‘The Information’, sa carrière n’a d’égale que l’importante diversité qu’il lui a conféré.

L’américain revient cette année avec ce qui demeurera sans conteste la proposition musicale la plus surprenante et la plus osée de sa discographie. Ce nouvel album, intitulé ‘Colors’, est aussi contestable musicalement qu’il est intéressant à replacer dans la carrière de Beck et dans l’historique de ce musicien qui, durant longtemps, n’a jamais réellement pris l’initiative de goûter aux sirènes du grand public. Au détour d’une pseudo provocation orchestrée – à tort ou à raison – par Kanye West lors des Grammy Awards de 2015, le compositeur aurait-il été touché dans son estime ? A 47 ans, les faits sont là : il n’a aujourd’hui que faire de ce que les gens peuvent bien penser de lui et compte bien prouver à quiconque qu’il peut aussi s’aventurer sur des terrains très maintream et jouer ainsi dans une cour réservée jusqu’alors aux Taylor Swift, Pharrell Williams et tant d’autres. C’est d’ailleurs avec ce dernier qu’il entama les premières sessions de ‘Colors’, frappé qu’il fut par la coolitude du tube planétaire ‘Happy’. Des sessions qui seront finalement avortées et reprises plus tard en compagnie de Greg Kurstin, producteur et ami de longue date.

Le résultat est totalement déroutant. ‘Colors’ frise parfois le mauvais goût mais ne semble pas dépourvu d’intérêt pour autant. Il y a certes des sorties de route notables comme le refrain édulcoré de ‘7th Heaven’, le parti pris de ‘No Distraction’ à mi-chemin entre Taylor Swift et The Police, ou bien encore le titre ‘Square One’ qui nous rappellerait presque ô combien un groupe comme Phoenix maitrise beaucoup mieux ce genre de territoires musicaux. Mais il y a aussi énormément d’efficacité sur cet album, à l’image de l’entame éponyme, de morceaux funs et dansants à souhait comme ‘Up All Night’, de tubes évidents comme ‘Dreams’, ou de ballades intemporelles comme ‘Dear Life’. Et le grain de folie habituel de l’américain n’est pas en reste. Un titre comme ‘Wow’, sorte de hip-hop moderne à la sauce Beck, démontre encore la curiosité, la fraicheur et l’inventivité du compositeur. C’est un véritable vent de liberté qui souffle sur ce disque et que tient à scander son auteur, comme sur le délirant ‘I’m So Free’ et son refrain teenager assumé façon Weezer.

Globalement, ‘Colors’ n’est pas une réussite totale. C’est un disque curieux, étonnamment rafraichissant, qui n’est certes pas aussi inventif qu’il fut annoncé, mais qui peut s’avérer incroyablement addictif par moment. Beck souhaitait un nouveau chapitre excessivement pop, coloré et heureux à l’image d’un débordant bonheur personnel qu’il ne souhaite plus cacher. Après 25 ans de carrière et plus d’une dizaine d’albums à son actif, le songwriter continue d’étonner la galerie en publiant ici son disque le plus maintream à ce jour, mais surtout le moins soucieux du qu’en dira-t-on. Un album qui fera sans doutes couler pas mal d’encre mais qui, à défaut d’être irréprochable musicalement, jouit d’une remarquable franchise et d’une honnêteté sans failles, deux qualités qui semblent aujourd’hui primordiales dans la quête du bonheur.

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ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
‘Colors’, ‘I’m So Free’, ‘Dear Life’, ‘Dreams’, ‘Wow’, ‘Up All Night’


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