Battles – ‘La Di Da Di’

Album / Warp / 18.09.2015
Mi-hommes, mi-machines

Les être humains capables de reconnaître une note à l’oreille peuvent aussi flirter avec un onanisme aride et ennuyeux dès lors qu’ils se mettent à jouer. Cela n’a jamais été le cas de ces trois gars-là.

D’ailleurs, autrefois, ils étaient quatre. En compagnie de Tyondaï Braxton, Battles a réalisé trois des disques les plus marquants de la fin des années 2000 : les deux EP (réunis en ‘B EP / EP C’) et ‘Mirrored‘. C’est après son départ que les choses se sont compliquées pour le groupe. Non pas que le vocaliste fusse indispensable, les deux dernières sorties en sont la preuve, mais son escapade en solitaire, alors en pleine composition du second long-format, a sans doute déstabilisé les membres restants de Battles.

Sorti quatre ans après ‘Mirrored’, ‘Gloss Drop’ fut le fruit de longues, très (trop ?) longues sessions de composition, d’enregistrement et probablement, de questionnement de la part de Dave Konopka, Ian Williams et John Stanier. Le résultat fut trouble : charmant, frustrant. Il va de soi que, provenant d’un groupe issu de nulle part, ce disque aurait largement contenté tout le monde. Malheureusement, avec Battles, c’est toujours l’excellence qui est attendue. Techniquement, ‘Gloss Drop’ était sans aucun doute parfait. Audacieux aussi, avec ses invités venus tous d’horizons aussi divers que Kazu Makino (Blonde Redhead), Matias Aguayo, le revenant Gary Numan ou encore Yamantaka Eye. Ces collaborations ont pour la plupart fonctionné avec beaucoup de succès, néanmoins elles ont aussi contribué au manque flagrant d’identité de ce disque. Si aujourd’hui, le groupe en parle moins, à l’époque il ne cachait pas ses difficultés pour conclure le projet. Celles-ci se ressentaient, et c’est encore le cas, à l’écoute du disque : la problématique d’un groupe en proie au départ d’un de ses piliers et qui bataille avec son surplus de talent. Certains morceaux semblaient leur échapper, les directions possibles trop nombreuses. Quatre ans plus tard, ‘Gloss Drop’ frappe toujours par sa maîtrise mais son manque de liant reste palpable. Entre temps, le groupe s’est aussi confronté à d’autres embûches, cette fois scénique, alors même que dans ce cadre, sa réputation était sans faille. Lors des premiers concerts de la tournée, Bruxelles en avril 2011, Poitiers quelques semaines plus tard, le groupe semblait encore se chercher, renforçant la frustration d’un public forcément nourri d’attentes. Par la suite, il s’est trouvé, comme l’atteste leur concert malouin lors de la Route du Rock en août de la même année. Non, Battles n’était pas mort, Tyondaï Braxton ou non.

La question était de savoir quelle suite ils allaient donner au projet. Nul ne pouvait réellement le savoir, hormis eux, tant leurs possibilités techniques et leurs affinités avec une variété de registres rendent impossible la moindre suggestion. La réponse est enfin arrivée avec ‘La Di Da Di’. Voilà plusieurs semaines, voire mois, qu’il joue sur nos platines. Pour fausser les pistes, il était alors nommé ‘Remember When I Was 26’. Encore une fois, les premières écoutes furent teintées d’une petite déception. On retrouvait alors le son de Battles, sa patte, ses ritournelles sans véritable surprise, comme s’il ne s’agissait que d’une énième session de démonstration, comme s’il ne nous avait jamais quitté, comme s’il s’était contenté de prendre de l’âge, assis sur son fauteuil doré. Des retrouvailles plaisantes tout au plus, mais sans véritable passion. Or, à nouveau, et c’est toute la force du trio, aussi frontales soient leurs compositions, elles s’apprivoisent et s’apprécient avec le temps. D’ailleurs, pour une fois, le groupe nous a mâché le travail en présentant leur méthode au sein d’un mini-documentaire, aussi divertissant qu’instructif, réalisé par Ableton. On y voit des musiciens libres, parfois trop, comme des gosses à l’idée d’expérimenter des heures durant sur leurs jouets technologiques. Sans peine, les techniciens de leur studio confient la nécessité de les arrêter afin de concrétiser les enregistrements.

‘La Di Da Di’ est à cette image. C’est un album paradoxal, qui conjugue sans peine les sonorités du Battles circa Braxton et la puissance de ‘Gloss Drop’. Alors que pour ce dernier, le trio faisait tout pour s’éloigner des travaux conclus avec leur ex-acolyte, il l’assume ici sans aucun problème. Il n’y a certes pas de voix, à l’instar des ‘EP C / B EP’, mais les exodes vers la pop, la dance ou l’afro-pop sont bien plus limpides, quand elles étaient toujours bien masquées par le vernis rock massif sur ‘Gloss Drop’. La batterie et les cloches de John Stanier occupent toujours une place proéminente mais les injonctions de Ian Williams s’imposent désormais avec plus de fluidité, alors que Dave Konopka, plus aventureux que jamais, incarne avec brio le catalyseur de la bande.
Ensemble, ils touchent au Graal, qu’il s’agisse de l’introduction ‘The Yabba’, ‘Summer Simmer’ ou encore ‘FF Baba’. Ils échouent aussi, notamment avec ‘Non Violence’ où les claviers-guitares virevoltent avec grandiloquence, non sans rappeler le sample de ‘Tears’ utilisé par DJ Shadow. La seconde partie de l’album privilégie d’ailleurs les digressions techniques aux structures plus directes, ce qui en laissera sans doute pas mal au bord de la route.

Au final, ‘La Di Da Di’ marque et divisera, comme chaque album de Battles. Il prendra probablement toute son ampleur une fois sur scène et dans ce contexte, il fera sans doute l’unanimité.

‘The Yabba’, ‘Summer Simmer’, ‘Dot Com’

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