Bantam Lyons – ‘Melatonin Spree’

Album / Kshantu / 01.04.2016
Rock

Au petit jeu de la filiation, on peut facilement trouver chez Bantam Lyons des liens de parenté avec Interpol, qui eux-mêmes s’en allaient déjà piocher allègrement du côté des Chameleons. Un jeu grisant, certes, mais profondément injuste pour le groupe originaire de Brest. Car s’il entretient la même façon de propager son spleen sans retenue, d’une voix grave soutenue par des guitares baignées de delay, il n’en conserve pas moins une identité propre. Mieux encore, sa musique se conçoit comme un fantastique tour de passe-passe où l’on croit deviner à l’avance chaque mesure en finissant pourtant sur le cul sans comprendre pourquoi.

Déjà en octobre dernier, le second et éponyme EP des quatre bretons nous avait franchement secoué, avec ses compositions alternant rage brute et mélancolie flottante. Il y avait surtout cette voix, celle de Loïc Le Cam, d’une profondeur à faire chavirer n’importe quel cœur endeuillé par une rupture amoureuse.

Sur ‘Melatonin Spree’, le groupe fait table rase de ses précédents morceaux pour ne conserver que l’épique ‘Something Familiar’ dans une version étirée. Pourtant, pas de révolution sur le fond. Les Bantam s’affichent fidèles à leur mélange de new-wave, de pop et de shoegaze tout en s’octroyant le luxe de faire sauter le format pop avec ‘Beds’ et ‘Leopard Print Wife Beater’ (tous deux dépassent les six minutes). Un pari osé mais remporté grâce à des mélodies savamment déployées qui explosent en plein vol dans un déluge de guitares amples et vrombissantes.

Ce romantisme exalté, presque adolescent, on le côtoie tout au long de l’album. Mais attention, ici pas de geignardises ou de complaisance. Non, chaque morceau se vit comme le point déterminant d’une existence, le tout enveloppé de sacré par l’irruption solennelle d’un clavier en appui. Se dessinent alors en trame de fond des courses effrénées contre la pluie battante, qu’on imagine forcément se dérouler sur la rade de Brest (même si le groupe vit désormais à Nantes). Qu’ils feintent la peine ou la vivent pleinement, on prie les Bantam Lyons de continuer à jouer sur ce fil tendu. Parions dès lors que leur musique ne restera plus confidentielle pour longtemps.

‘Beds’, ‘Something Familiar’, ‘Deft Hands’, ‘Leopard Print Wife Beater’

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