Band of Horses – ‘Why Are You Ok ?’

Album / Caroline / 10.06.2016
Indie rock

Mirage Rock‘, le quatrième album de Band of Horses sorti il y a quatre ans, n’a pas fait l’unanimité chez les fans de longue date. C’est le moins que l’on puisse dire. Dans la lignée de ‘Infinite Arms‘ qui marquait déjà une rupture avec les deux précédents chefs d’oeuvre, il levait le voile sur un groupe habité par la ferme volonté de soigner sa production, de s’afficher en collectif, au risque de noyer son plus bel atout : la voix de Ben Bridwell. C’est elle qui, dans l’exercice de composition encore balbutiant des premiers disques, portait l’identité Band of Horses, tirait les ficelles de l’émotion et des mélodies tissant solidement quelques morceaux toujours considérés comme les plus incontournables du groupe aujourd’hui. A trop vouloir s’aligner les uns sur les autres, à se passer le micro pour tenter de défendre les quelques personnalités artistiques à l’oeuvre, les cinq ont fini par rendre leur musique lisse, presque banale.

Il fallait rectifier le tir, sans pour autant secouer la cabane. Pour cela, Band of Horses a sonné la révolution de palais : exit les producteurs des précédents opus, remplacés par Jason Lytle (Grandaddy) et un Rick Rubin arrivé sur le tard. En parallèle, l’humble Bridwell a enfin pris conscience qu’il était la plaque tournante des compositions du groupe, et s’est enfin décidé à assumer son rôle autrement que par la force des choses. Désormais, l’intéressé se dévoile, et concède : ‘je pensais plus à dissimuler mes sentiments plutôt qu’à les exprimer‘. C’est d’ailleurs ce déclic qu’il exprime dès ‘Dull Times/The Moon’. Avec ses sept minutes au compteur, sa première moitié planante qui laisse place à un des moments les plus intenses du disque, il se mue en titre introductif courageux car risqué, faisant souffler un vent de liberté sur un ‘Why Are You Ok ?’ quasi sans fausse note.

Car les réjouissances sont d’autant plus nombreuses qu’on ne les attendait (presque) plus, qu’elles s’expriment par la force ou la sensibilité, les deux voies qui ont fait le succès de Band of Horses. On retrouve ainsi le groupe au meilleur de lui-même, lors de quelques pépites pop sur lesquelles l’apport du Grandaddy se fait sentir (‘Solemn Oath’, ‘In a Drawer’ feat J.Mascis, ‘Lying Under Oak’), comme pour de jolies ballades bordées de cette mélancolie touchante, enfouie depuis ‘Cease To Begin‘ pour ne resurgir qu’en de rares occasions (‘For Annabelle’, ‘Neighbor’, ‘Heartbreak On The 101’). A ces quelques douceurs viennent d’ailleurs fièrement s’ajouter ici celles de ‘Hag’, ‘Whatever, Wherever’, mais surtout de ‘Barrel House’ et ‘Even Still’ qui ferment le bal avec ce que Band of Horses a peut-être composé de plus beau et de plus délicat.

C’est donc contre toute attente que Ben Bridwell et sa bande remontent la pente. Jusque-là embourbé dans sa fuite de l’égo, le groupe peut ici compter sur un sursaut de clairvoyance qui lui a fait prendre conscience de sa richesse, pour mieux la mettre au service de nouveaux morceaux en tous point rassurants. Et s’il y a encore ces moments lors desquels il cède aux charmes de la musique américaine traditionnelle (‘Throw My Mess’), ou il la joue toujours trop collectif (‘Country Teen’ rappelle que Tyler Ramsey devrait s’en tenir à sa carrière solo), Band of Horses est bel et bien de retour. Et au galop.

‘Solemn Oath’, ‘Casual Party’, ‘Barrel House’, ‘Even Still’

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