Badbadnotgood – ‘III’

Album / Innovative Leisure / 06.05.2014
Jazz urbain

Tamisez la lumière, chaussez les charentaises, sortez les cigares, et servez vous un verre de Petrus: on va vous parler jazz. Trêve de plaisanterie, parce qu’il faut pas déconner à fumer avant un grand vin, celui de Badbadnotgood est urbain. C’est d’ailleurs en reprenant des morceaux hip hop contemporains (de Odd Future notamment) que le trio s’est d’abord fait connaitre, jusqu’à finir par s’en écarter en s’attaquant par exemple à James Blake, et signer quelques productions pour les plus grands (Danny Brown, Wu Tang Clan, Earl Sweatshirt…). Quelques mixtapes et une crédibilité en tous points renforcée plus tard, les canadiens officialisent enfin les choses avec ‘III’, un titre trompeur pour un premier véritable album puisqu’il n’aligne que des compositions originales.

Avec ‘Triangle’ en guise d’ouverture, Badbadnotgood pourrait pourtant conforter les dissidents dans leurs préjugés. En à peine quatre minutes, le trio passe d’une rythmique hip hop sur laquelle se ballade un clavier, avant d’accélérer le rythme et faire friser les lignes du papier à musique. Qu’ils patientent néanmoins, car ‘Can’t Leave The Night’ n’est autre que l’essence pure de l’approche de ces trois jeunes surdoués de Toronto. Dans une ambiance très proche de celle du southern rap, la finesse electronica et l’atmosphère cinématographique en plus, le titre trouve toute la profondeur, l’efficacité, l’apparente simplicité qui ont jusque là fait leur succès.

Brodé de très fins arrangements, orné de jolies textures, ‘III’ réserve encore bien des surprises, et surtout une intéressante diversité qui fait souffler un vent frais sur un jazz souvent jugé trop mature et précieux. Avec sa mélodie sous jacente, son groove instantané, et sa structure pop, ‘Hedron’ – tout comme l’electronisant ‘Since You Asked Kindly’ – pourrait être perçu comme irrévérencieux chez les fins connaisseurs. Les mêmes qui sauront certainement s’incliner devant la richesse rythmique affichée tout au long des sept minutes de ‘’Kaleidoscope’ et ‘CS60’, se lover dans les souffles du saxophone de ‘Confessions’, avant de retrouver enfin leurs repères cérébraux en quelques occasions (‘Eyes Closed’, Differently, Still’).

Si ‘III’ se découvre à chaque écoute, l’album laisse pourtant l’auditeur impatient sur sa faim. La faute a ce manque de familiarité qu’il retrouvait jadis dans les reprises du trio, ou au manque de parti pris de Badbadnotgood dont on s’attendait qu’il violente un peu plus les basiques de son style de prédilection? Toujours est il que, après des années passées à voir le hip hop piocher dans le jazz pour y dénicher les bons samples, les Canadiens prouvent que cette relation d’amour n’est finalement pas à sens unique. Rassurant pour de futures productions que l’on espère plus vindicatives.

‘Can’t Leave The Night’, ‘Confessions’, ‘Kaleidoscope’, ‘Hedron’, ‘CS60’

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