Badawi – « Jerusalem Under Fire »

Jerusalem Under Fire[Album]
22/09/2006
(Roir/DG Diffusion)

Il y a des albums, comme ça, qui vous rappellent cruellement combien le temps ne vous attend pas. Prenez cette récente réédition du second album solo de Raz Mesinai a.k.a Badawi. Je me souvenais en avoir entendu quelques morceaux à sa sortie, il y a presque dix ans, en 1997, qui m’avaient alors beaucoup plu. Notamment le magnifique « Yashar » dont le violon arabisant vous transportait aux cimes de la volupté

Pendant les vingt premières années de sa vie, Raz Mesinai fit de fréquents allers et retours entre Jérusalem et New York, où il est aujourd’hui installé. Il y fréquenta d’ailleurs assez rapidement l’intelligentsia locale (John Zorn, Marc Ribot, Elliott Sharp…) et participa au milieu des 90’s à l’émancipation d’une nouvelle scène, inspirée du dub, de l’ambient, du hip hop et des musiques moyen-orientales. On le retrouvera aux commandes de Sub Dub, le duo qu’il forme avec John Ward, sur les labels Wordsound ou Asphodel, puis en solo sous le nom de Badawi..

Si le « Yashar » évoqué plus haut continue de me faire le même effet, c’est sans doute qu’il fait la part belle aux instruments traditionnels du Moyen-Orient. Car le reste du disque, en tout cas ses parties programmées, a malheureusement assez mal vieilli. C’est l’inconvénient des albums à base de machines. On ne sait jamais trop comment on réécoutera ça dans quelques années. Les techniques d’enregistrement pour un violon, une guitare ou une batterie n’ont pas beaucoup changé depuis une quarantaine d’années. En revanche, les logiciels et le matériel informatique qui servent aux musiques électroniques sont en constante évolution. Ce qui est à la pointe aujourd’hui sera sans doute obsolète dans dix ans. Et c’est ce qui est arrivé à ce « Jerusalem Under Fire », dont le son paraît un poil léger comparé aux productions actuelles du genre..

Mais une fois les basses du sound system reboostées, et le volume général monté de deux ou trois crans, on pourra alors constater que l’illbient sombre et urbain de Badawi en a toujours sous le pied. Des titres comme « Yashar », « Rhytmic Flux », et « Ocean Of Tears » ont par exemple de quoi séduire les fans du dernier Brain Damage (probable disciple de Badawi en son temps!), et d’autres comme « War On Mt Zion » ou « Talking Dub » tiendraient encore sans problème leur rang sur un dance floor chauffé à blanc

Certes, tout l’album n’est pas transcendant, mais il mérite néanmoins une écoute attentive, si ce n’est déjà pour ne pas éluder un chapitre important de l’histoire du dub. On a souvent tendance en France à résumer l’évolution de cette musique en trois grandes familles: le roots jamaïquain, le steppa anglais, et le dub live à la française. Or, l’école new-yorkaise (essentiellement les sorties Wordsound), tout comme la scène allemande ou des groupes japonais comme Audio Active ou Dry & Heavy, ont eu une importance capitale dans l’émergence de la scène française. Rendons donc à César…

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