Autechre – « Exai »

aut180Album
(Warp)
04/02/2013
Orgie de cartes-mère

Tout ou presque a été écrit sur Autechre. Monument des musiques électroniques, le duo de Sheffield est aussi celui, avec Aphex Twin, qui est le plus associé à Warp dans l’inconscient collectif. Voici plus de deux décennies que les britanniques revisitent un répertoire qu’ils ont contribué à créer et populariser. Il n’y a qu’à écouter les productions de Leila, Jackson, Thom Yorke, Clark, et bien d’autres pour constater à quel point le binôme est intégré à l’ADN de nombre d’artistes actuels.

Avec « Exai », Autechre poursuit sa quête de l’ordre parfait, au sein duquel séquences rythmiques et mélodiques se confondent jusqu’à la fusion. À ce titre, les producteurs synthétisent l’ensemble de leur carrière jusqu’à l’essentiel. Toujours loin des formats ordinaires, ils schématisent leur propre progression, déterminée par des saccades et des ruptures programmées sans laisser de place au hasard.

Long de deux heures, « Exai » impose son dogme et ne laisse guère de respiration propice à l’imaginaire. Les algorithmes et les séquences se succèdent mécaniquement pour dessiner un vaste chaos. Ce tour de force pourrait se révéler opportun si les compositions d’Autechre ne s’étendaient pas sur six minutes et plus. De fait, la place laissée à l’auditeur devient bien trop restreinte et rapidement, tout devient oppressant, loin de la richesse organique qu’on pouvait légitimement attendre. Seul le dernier quart de cet album amène le salut  par  »Cloudline » , »Deco Loc »,  »Recks On » (mélopée mouvante des plus addictives) et la conclusion  »YJY UX » apportant l’éclair de lyrisme et d’humanité qu’il manquait jusque là.

Néanmoins, et pour être honnête, hormis ces fulgurances, « Exai » est d’une redondance difficilement supportable. À décomposer sans cesse ses fondamentaux jusqu’à l’extrême, Autechre s’écoute jouer, plonge dans une mise en abîme égocentrique, forçant l’auditeur à s’armer de patience pour toucher à son essence. Le duo a donc beau regorger de toujours autant d’idées, il ne prend pas souvent la peine de les trier. Quand le disque dur est plein, il est bon de le nettoyer.

itunes16

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