Aufgang – « Istiklaliya »

auf180Album
(InFiné)
15/04/2013
Electro classe

Des pianos, des synthés et une batterie… Nous ne sommes pas ici en train de parler d’une flûte à bec, ni d’un triangle ou d’un violon. Pour privilégier la force de frappe à l’encombrement, les musiciens d’Aufgang n’ont effectivement pas choisi les armes les plus faciles à trimbaler dans leur sac à dos. De retour après un premier album remarquable, Rami Khalifé, Francesco Tristano et Aymeric Westrich exploitent à nouveau – et de manière plus variée – les possibilités infinies qu’offre leur configuration inédite, sans jamais se contenter d’un simple mariage en grande pompe entre techno et classique. Ici, chacun des neufs morceaux possède une identité et une ambiance singulière qui naît grâce à cette volonté de surprendre, d’improviser, d’approvisionner leur son aux influences world, ou d’y insuffler une énergie rock.

Dès l’entame, les musiciens revêtissent armures et peintures de guerre pour arbitrer « Kyrie », bagarre sanglante où les notes graves tentent de se dépêtrer d’un méchant beat techno. Cette introduction épique est le point de départ d’une première moitié d’album résolument excitante ou les gars illustrent quelques clichés d’Europe de l’Est, comme sur le superbe « Balkanik » qui, en partant d’une mélodie simple et d’une ambiance folklorique, monte en puissance vers une cavalcade finale organique et synthétique. De manière un peu naïve, ils mélangent la beauté du piano à des arrangements cosmiques sur « Ellenroutir », une pause cinématographique bien méritée qui débouche sur « Vertige », litanie dramatique et percutante dans laquelle on se retrouve psychologiquement coincé comme dans un film d’Hitchcock, histoire d’encaisser plus efficacement ces breaks maladifs.

Essoufflé comme on est à ce stade du disque, le reste ne peut être qu’un peu en-dessous mais mérite néanmoins qu’on s’y attarde. En effet, si le titre imprononçable « Istiklaliya » ressemble à celui d’un album d’Autechre, il reste à l’inverse compréhensible et habilement assemblé par un trio qui y déploie ses idées, sans déborder d’un cadre accessible. D’abord composé de choeurs joyeux et d’hésitations rythmiques, « Abusement Ride » se transforme progressivement en un track si bancal qu’il en devient presque malsain. On tient ici une preuve supplémentaire de l’impossibilité de n’écouter que partiellement un morceau d’Aufgang, et de s’arrêter aux émotions dégagées dans les seules premières minutes.

Oui, ces pièces sont de véritables constructions classiques, façonnées de plusieurs couches et animées de différentes péripéties. A la manière d’un recueil de nouvelles, elles racontent toute une histoire, et mènent le plus souvent vers une happy-end. Exemple sur « Stroke « où la complémentarité des musiciens prend tout son sens au sein d’un travail d’équipe aussi ouvert à des expérimentations plus déséquilibrées, comme le montre cet hommage menaçant à « Diego Maradona ». « African Geisha », tout comme « Rachael’s Run » prenant rapidement des allures de course-poursuite débouchant sur une fin lumineuse, sont là pour nous rappeler l’une des missions primordiales du piano: offrir des balades poétiques et mélodiques. Autant d’arguments qui nous amènent au constat que « Istiklaliya » est un disque évidemment riche, physique, spontané… et sensiblement humain!

itunes26

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