At The Drive In – ‘in•ter a•li•a’

At The Drive In – ‘in•ter a•li•a’

Album / Rise / 05.05.2017
Post hardcore

En noircissant les colonnes de l’actualité musicale depuis maintenant plusieurs années, les multiples reformations ont toujours fait autant d’heureux que de détracteurs. Celle d’At The Drive In en 2012 fut certainement parmi les plus décriées, attisant le feu notamment par l’attitude d’un Omar Rodriguez Lopez méconnaissable sur scène aux lendemains du décès de sa mère, comme par ses dires alors qu’il avouait très honnêtement que le retour du quintet était avant tout motivé par les billets verts agités sous son nez. Il n’en fallait pas plus pour écorner fissa le statut d’un groupe post hardcore qui, à l’instar de Refused, n’a jamais cessé d’être encensé après avoir raccroché les guitares. Un phénomène vieux comme le monde : le manque et la reconnaissance viennent souvent après la mort.

Sauf que les cinq texans – alors qu’ils s’éparpillaient chez The Mars Volta, Antemasque, Sparta entre autres – ont pu mesurer l’impatience de fans désinhibés par les récentes résurrections, et se payer le luxe de laisser de nouveau l’envie s’emparer d’eux. Les heureux qui ont pu assister au concert parisien de l’an passé peuvent d’ailleurs en attester : bien qu’un poil assagi et un Cedric Bixler à la ceinture abdominale légèrement proéminente, At The Drive In n’a rien perdu de la fougue qui était la sienne il y a dix-sept ans, quand il sortait un ‘Relationship of Command‘ aujourd’hui considéré parmi les tous meilleurs albums ponctuant l’histoire du rock moderne, pour avoir notamment contribué à l’impossible réconciliation entre l’éthique underground et le marketing mainstream.

Traduire sur un nouvel album cette résurrection désormais débarrassée de tous ses parasites restait néanmoins une toute autre montagne à gravir. Telle une bande de gamins de vingt balais, At The Drive In y est parvenu. A l’expérience. Forcément plus matures, meilleurs musiciens, tous n’en écartent pas pour autant cette identité qu’on aurait crue noyée sous toute l’eau passée depuis sous les ponts. Du coup, la magie opère, portée par une méthode de travail retrouvée privilégiant l’urgence et la spontanéité, sous l’oreille avisée et objective d’un Omar Rodriguez Lopez (ORL, comme quoi…) désormais coproducteur aguerri, assistant ici Rich Costey.

Mais, parce qu’il lui manque la patte de Ross Robinson, le chant comme les accords âpres d’un Jim Ward désormais remplacé par un solide Keeley Davis (Engine Down, Sparta), et les riffs imprévisibles d’un Rodriguez Lopez toujours aussi généreux mais infiniment plus dans les clous (‘Holtzclaw’), ‘in·ter a·li·a’ n’est pas ‘Relationship of Command’. Et c’est tant mieux. Parce que le groupe avait toutes les chances de peiner à l’égaler, aussi parce que ce nouvel album ramène At The Drive In à l’époque du son et de l’approche de ‘In/Casino/Out‘ (‘Tilting At The Univendor’), que beaucoup de fans considèrent tout autant comme une pierre angulaire de la discographie du groupe.

C’est donc la meilleure des nouvelles : ‘In·ter a·li·a’ peut bel et bien vivre de lui-même, et vanter toutes ses qualités capables de tenir tête à celles qui propulsaient At The Drive In parmi les groupes les plus atypiques du circuit rock il y a une quinzaine d’années. ‘No Wolf Like The Present’, ‘Pendulum In a Peasant Dress’, ou ‘Torrentially Cutshaw’ sont autant de preuves que le temps n’a rien emporté avec lui, et que cette machine de guerre – souvent copiée, mais trop complexe pour être égalée – a conservé tout son potentiel destructeur.

Ce qui ne l’empêche pas de montrer aussi des qualités mélodiques plus évidentes (‘Call Broken Arrow’), de tirer plus ouvertement sur la corde sensible (‘Ghost-Tape N°.9’) pour prouver que le travail n’a pas été à moitié fait, et ainsi fermer enfin le clapet des médisants apeurés de voir le passé les rattraper. Ne vous bilez pas les mecs : At The Drive In est une souffrance jouissive qui vous a non seulement aidé à devenir des hommes, mais qui pourrait bien aussi retarder votre déchéance. ‘If it’s too loud, you’re too old‘ dit le dicton. ‘In·ter a·li·a’ s’écoute fort. Très fort.

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ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
‘Continuum’, ‘Tilting at the Univendor’, ‘Call Broken Arrow’

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