Art Brut – « Brilliant! Tragic! »

art180Album
(Cooking Vinyl)
30/05/2011
Indie mièvre

L’annonce d’un nouvel album d’Art Brut fait toujours l’effet d’une petite boutade. Parce que pour être honnête, c’est un peu le non-groupe par excellence: toujours mal classé dans les charts, toujours apprécié par la critique, même lors de certaines productions dispensables. D’ailleurs, si la tête pensante Eddie Argos bénéficie d’une sympathique cote de popularité, c’est aussi parce qu’il n’est pas le dernier à tourner en dérision ses propres projets.

Poulain officiel de Black Francis, la troupe d’Art Brut varie un peu le plaisir avec « Brilliant! Tragic! ». Une fois n’est pas coutume, ce nouvel opus constitue l’occasion pour Argos de s’essayer au chant, ce dont il s’était jusque là montré totalement incapable. Le coaching de l’ex-Pixies ne s’arrête pas là puisque Art Brut semble avoir emprunté pas mal de gimmicks à leur père spirituel ( »Lost Weekend »), ce qui n’aurait rien de dérangeant s’il s’agissait du Black Francis de 1988. Or, ce dernier n’a pas brillé récemment par ses innovations, ce qui tombe mal pour des Art Brut ayant également prouvé qu’ils étaient depuis un certain temps en manque d’inspiration.

L’album porte donc plutôt bien son nom, brillamment tragique, comme le miroir révélateur d’un groupe qui n’avait assurément pas besoin de ça. À sa décharge, Art Brut fait toujours le boulot, le problème ne réside pas là. Simplement, les britanniques s’éloignent des fondamentaux qui leur permettaient de se démarquer avec plus ou moins de brio de la masse; la volonté de mieux faire, assez évidente ici, s’est substituée à la spontanéité jusqu’alors marque de fabrique.

Toujours à la recherche du tube libérateur, Art Brut marque pourtant certains essais, notamment avec le classieux et introspectif  »Sexy Sometimes », l’épique et rageur  »Bad Comedian » et l’efficace « I Am the Psychic ». Le bilan reste néanmoins relativement bien maigre et, à l’heure où les éléphants Gang of Four et Wire viennent tout juste d’effectuer leur retour, il n’y a guère besoin d’ajouter une dose de formol à ce revival ambiant. Art Brut tourne en rond et perd petit à petit de son capital sympathie car au fond, aussi dément soit-il, les tribulations d’Eddie Argos sur les faits de son propre quotidien ne tardent pas à indifférer. Le fait est qu’aux vues de l’échec légitime de « Art Brut vs Satan », on ne peut qu’être satisfait de « Brilliant! Tragic! », infiniment meilleur. Néanmoins, c’est aussi se contenter d’infiniment peu, pour ce groupe d’ordinaire si cynique et hilarant.

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Disponible sur
itunes48

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