Arctic Monkeys – « Suck It & See »

arc180Album
(Domino)
06/06/2011
Brit rock

Injustement relayés au second plan par le retour plus médiatique que triomphal de Julian Casablanca et ses sbires, les Arctic Monkeys sont pourtant en passe de devenir définitivement un des plus grands groupes de rock de notre époque. Et prière d’entendre par « grand » la juste équation entre popularité et talent de songwriter. En effet, après deux premiers albums fougueux et juvéniles, « Humbug » levait le voile en 2009 sur un pendant plus sombre et « expérimental » de la personnalité du quatuor, aujourd’hui revenu à un répertoire plus léger et direct avec « Suck It & See »: un nouvel opus qui n’en souligne pas moins cette effarante capacité à pondre des tubes qui n’ont jamais l’air d’en être.

Sûrement faut-il aller chercher cette bonne humeur (toute mesurée) comme ce plaisir palpable dans l’air de Los Angeles, là ou les Arctic Monkeys sont partis enregistrer ce disque, toujours en compagnie de James Ford. Peut-être aussi dans cette nouvelle approche de travail consistant à finir très tôt les morceaux afin d’avoir plus de temps pour les améliorer et les assimiler, au point d’être capable de les enregistrer tout de go, sans avoir à les retoucher ensuite. D’où cette immédiateté formidablement conservée, ces espaces qui le font parfaitement respirer, le travail d’arrangement seulement dû au perfectionnisme de chacun des musiciens. Du guitariste James Cook surtout, volant ici littéralement la vedette à ses compères.

Une fois n’est pas coutume, « Suck It & See » souligne donc nettement les progrès réalisés par les Britanniques. Alex Turner compris, puisque les variantes de la voix du frontman le font désormais resplendir de maturité (« Black Treacle »), forcé qu’il est de s’adapter aux desiderata rythmiques de ses compères, quand ceux-là ne s’emparent pas du micro (le pesant « Brick By Brick » chanté par le batteur). Du coup, l’album alterne brillamment excellents brûlots rock (« Library Pictures »), percées pop efficaces servant le capital sympathie du groupe plus qu’elles n’en font un visionnaire (« All My Own Stunts »), et ballades bénéfiques pour la diversité du disque (« Love Is a Laserquest »).

Mais là ne sont pas les meilleurs passages de ce cru 2011. Cherchez plutôt du côté de « Don’t Sit Down Cause I’ve Moved Your Chair » au refrain-tueur et aux accents stoner que Josh Homme – cette fois pas de la partie – saura apprécier. Également dans les effluves mélodiques très sixties de l’entame « She’s Thunderstorms » et de « The Hellcat Spangled Shalalala », comme dans la douceur du cocon « Piledriver Waltz » échappé du projet solo de Turner en version arrangée. Également dans la fluidité toute naturelle de titres comme « Black Treacle », « Reckless Serenade », et « Suck It & See », d’abord lisses pour finalement devenir de vrais piliers d’un album qui devrait rassurer les laissés pour compte de 2009, et les nostalgiques des débuts. S’ils ne sont pas les mêmes. Toujours est-il que, flanqué d’un flegme tout britannique, les Arctic Monkeys jouent ici magnifiquement sur des apparences qui ne sont pas les leurs habituellement. Gare aux avis trop hâtifs donc. Suck it and see.

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