Apparat – « Things To Be Frickled »

Things To Be Frickled[Album]
07/04/2008
(In Finé/Discograph)

Amateurs de musique électronique aux idées larges, le nom d’Apparat ne vous est sûrement pas inconnu. Considéré à juste titre comme l’un des producteurs allemands les plus talentueux, Sascha Ring, récent démissionnaire du label Shitkatapult, occupe une place à part dans l’univers sous perfusion minimale de sa patrie d’origine. Adepte à ses débuts d’une musique expérimentale proche de l’IDM (« Multifunktionsebene » en 2001), ce natif de Berlin devra attendre la sortie de son album « Duplex », qu’il considère aujourd’hui encore comme son classique, pour voir concentrer sur lui les lumières encore timides d’une scène confidentielle. Après un album commun avec Ellen Allien (« Orchestra Of Bubbles ») et surtout « Walls », la synthèse idéale entre sonorités electro et mélodies pop, Apparat revient avec le bien nommé « Things To Be Frickled », un double album de remixes composé pour moitié par ses soins et pour le reste par des artistes electro dans l’air du temps

Incapable selon son propre aveux de travailler trop longtemps sur le même projet, Apparat trouve dans l’exercice du remix l’occasion idéale de satisfaire une instabilité et une curiosité qu’il considère parfois comme des défauts. Pour autant, loin de se disperser malgré la diversité des originaux, on retrouve sur chacun des onze titres du premier CD (qui ne compte que quatre inédits) tout le savoir faire du berlinois: un sens inné de la mélodie accrocheuse (« Strings Of Life »), une ambiance éthérée, mélancolique et lumineuse (« Smile And Receive »), un sens du rythme tout en retenu capable de rivaliser avec Boys Noize dans sa relecture de « Shine Shine », le tout sans jamais relâcher l’attention de l’auditeur qui passe l’écoute comme suspendu à un fil, presque envouté par ce son protéiforme, fruit d’une construction complexe et pourtant limpide, d’où surgissent plus d’une perles comme le remix du « Queer Fellow » de Paul Kalkbrenner en compagnie d’Ellen Allien

Plus disparate, le deuxième CD s’attache tantôt à faire ressortir des morceaux originaux leur potentiel dancefloor, tantôt à accentuer leur spleen avec plus ou moins de réussite, certains ayant tendance à forcer inutilement le trait comme Raz Ohara sur son quasi a cappella de « Holdon ». Si la première expérience se révèle fructueuse pour des spécialistes du genre (Modeselektor et Thomas Fehlmann en tête), on est moins convaincu par l’omniprésence des guitares sèches chez un Boys Noize à contre-emploi (« Arcadia »), pas plus que par le minimalisme de Monolake et sa vaine tentative de recréer une atmosphère à la Burial (« Steinholz »), ni par le remixe de Anders Ilar et son « Wooden » aussi épuré qu’étiré. Parmi cet ensemble un brin casse gueule et pour le coup beaucoup moins facile d’accès, on retiendra tout de même les prestations réussies de Telefon Tel Aviv sur la balade « Komponent » et de Chris De Luca Vs Phon.O, particulièrement inspirés dans leur remix rentre dedans de « Holdon »

Malgré quelques accrocs en cours de route et des remixes à l’utilité contestable, ce double album ne dépareille pas au milieu d’une discographie exemplaire qu’Apparat synthétise ici avec brio. Loin de brouiller les cartes, ces vingt-deux pistes évitent l’écueil familier de ce genre de projet et forment au contraire un tout cohérent, aussi digne d’intérêt qu’un album traditionnel. Fusionnant electronica accessible et electro-pop (ou inversement) sur fond d’ambiant, « Things To Be Frickled » s’inscrit loin des tendances actuelles pour s’offrir aux auditeurs sous la forme du patchwork inclassable que suggère la pochette, confirmant au passage tous les espoirs placés en Sascha Ring.

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