Anthony B – « Suffering Man »

Suffering Man[Album]
05/08/2007
(Corner Shop/2 Good)

Anthony B (Keith Blair de son vrai nom) est un personnage à part dans le monde du reggae. Né en 1976 à Clarks Town en Jamaïque, il est un de ces rares artistes jamaïcains qui ont su suivre une ligne de conduite irréprochable, s’élevant au-dessus des querelles d’intérêt qui parasitent Kingston et son univers musical. Ainsi depuis près de 15 ans, Anthony B sillonne les routes du monde pour y distiller son énergie débordante et son message positif et conscient à vocation universelle. D’album en album, son éthique et son talent répondent toujours présents, tout en s’exprimant dans des atmosphères et des styles différents

Vous vous doutez donc que chaque nouvelle sortie d’Anthony B est un peu attendue comme le messie (surtout qu’à la différence de certains, il ne sort pas un album tous les 2 mois…), et tout particulièrement ce nouveau « Suffering Man » qui, sorti en 2006 de l’autre côté de l’Atlantique, arrive enfin en Europe sur le label Jenny’s Records. Chose rare, cet album a été dirigé de A à Z par Anthony B lui-même, épaulé par quelques artistes de renom comme Sly Dunbar, Lloyd Parker et Dean Fazer… Ce « Suffering Man », enregistré entre le studio Tuff Gong et New York, fait donc mine de réunir tous les éléments pour être classé au rang d’un des meilleurs albums new-roots de l’année..

Comme beaucoup d’albums d’artistes jamaïcains, « Suffering Man » se présente comme une sorte de compilation de titres déjà sortis en singles, auxquels sont ajoutés quelques morceaux inédits. Anthony B a d’ailleurs choisi d’ouvrir la danse avec deux de ses plus gros hits de 2006 qui reflètent si bien l’excellence et la puissance de son flow, « Bless Up » et « Reggae Gone Pon Top ». Passées ces deux big tunes dont on se remet difficilement, la suite de l’album risque de paraître un peu en demi-teinte, surtout s’agissant des titres plus calmes et légers (« Give Thanks », « Black Woman », « You Are », « Reggae Party »)… Mais rassurez-vous, on retrouve bien vite le Anthony B vivace et corrosif qu’on aime, dans l’excellent « Slavery », le dansant « Ras Cloth », ou dans le percutant « Black Mother Foooo » flirtant clairement avec le hip-hop (le chanteur a d’ailleurs récemment exprimé le souhait de consacrer une partie de sa carrière au rap). Preuve de sa grande polyvalence, Anthony B sait aussi être plus spirituel et mélodieux dans son chant, comme l’illustre le très beau « Cheating Pt.1 » (en featuring avec la chanteuse Debbie « Martina » Doyles) ou le titre éponyme « Suffering Man »

Finalement, si quelques titres de ce nouvel opus sont peut-être un peu superflus, ils s’oublient bien vite tant Anthony B fait une fois de plus preuve d’une grande maturité artistique, aussi bien dans le chant et les productions que dans les lyrics. Suivant fidèlement la voie tracée par Peter Tosh qu’il considère comme son maître spirituel, le Jamaïcain continue à transmettre son message révolutionnaire et émancipateur sur des thèmes très variés (allant même jusqu’à prôner avec humour l’usage du préservatif dans le titre « Condom »), sans jamais tomber dans un égocentrisme rasta excessif. Vous l’aurez compris, ce « Suffering Man », malgré ses imperfections, est un album riche, incisif et intelligent qui, à l’image de la carrière de son créateur, tente avec acharnement de redonner au reggae ses lettres de noblesse

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