Animal Collective – « Centipede Hz »

ani180Album
(Domino)
04/09/2012
Mauvais trip

En 2009, tout s’accélérait enfin pour Animal Collective. Longtemps cantonné à un succès plus critique que public, invariablement soutenu par quelques médias influents (Pitchfork en tête), le groupe de Brooklyn concrétisait avec « Merriweather Post Pavilion« , une symbiose inédite ou les névroses bigarrées de ses membres parvenaient à rentrer dans des formats structurels plus traditionnels. A l’issue de cette collision, les 4 weirdos accouchaient alors de leur meilleur album, point de rencontre et d’équilibre entre les différents tiraillements créatifs qui les habitaient depuis leurs débuts. La réussite du projet ne s’arrêtait pas là, se propageant au public qui chavirait alors sous les tubes de ce huitième disque, permettant à ces nerds de studio de glaner au passage de nombreux nouveaux fans, en guise de juste récompense.

En 2012, trois ans après ce retentissant exploit, et après être revenus de divers projets solos qui les ont vus creuser chacun dans leur coin les différentes facettes du son Animal Collective (Panda Bear pour l’épure, Avey Tare pour l’expérimentation), c’est le retour aux affaires. « Centipede Hz » se retrouve donc à la croisée des chemins, doublée d’une pression supplémentaire: celle de devoir succéder à la référence du groupe. Devant les diverses possibilités qui s’ouvraient à lui, déjà largement ancré dans un son dont la densité n’est plus à prouver, le quatuor a choisi de renouer avec la folie de ses premiers albums, compilant les gimmicks décousus qui, à l’époque, nous faisaient nous demander ce que ces mecs avaient avalé au petit déjeuner.

Seulement, à l’heure d’aujourd’hui, l’album n’arrive pas à se détacher d’une irrépressible sensation de déjà vu. L’énergie contagieuse d’hier semble avoir laissé place à des traits forcés, et malgré la dépense en décibels dont le groupe fait preuve (le refrain crié et les synthés roulants du premier single « Today’s Supernatural »), on a du mal à s’accrocher à cette caravane psychédélique, profusion de couleurs, d’effets toujours ancrés au sein d’une même ambiance hystérique qui parvient à plomber les moments les plus calmes (« Rosie Oh », « Pulleys »). Malgré quelques morceaux réussis (« Amanita », « Monkey Riches »), l’opus ne parvient pas à se départir de ce sentiment vain, de cet atmosphère de cacophonie que l’on ne souhaite que repousser tel un manège effrayant.

« Centipede Hz » prend des allures de fin de cycle pour Animal Collective, incapable de se démarquer de l’identité de doux dingues déglingos qu’ils ont doucement mis sur pied album après album, tant dans leur musique que dans leur imagerie visuelle qui n’est d’ailleurs pas en reste ici entre les clowns bariolés du premier clip et la pochette. Beaucoup de bruit et de fureur donc pour ce groupe qui s’apparentait jadis à cette intrigante petite camionnette qui, dans notre petite jeunesse, venait clamer partout que le cirque était en ville. Aujourd’hui, le petit véhicule coloré passe toujours, mais il ne nous fait même plus lever les yeux tant son mystérieux vacarme a perdu de sa magie.

itunes33

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