Angil & Broadway – « The John Venture »

The John Venture[Album]
06/10/2006
(Unique/La Baleine)

A ma droite, Angil fait partager son folk mélancolique depuis près de dix ans et cinq albums autoproduits, celui-là qu’il baigne dans d’habiles arrangements, et sur lequel il pose une voix douce et émouvante. À ma gauche, Broadway, auteur d’un premier album remarqué, préfère les ambiances hypnotiques et envoûtantes de son electronica aux penchants post rock. Deux approches différentes mais loin d’être opposées

La preuve sur ce « The John Venture », mariant et mélangeant ces deux univers pour un résultat atypique qui n’aurait jamais vu le jour sans deux évènement notoires. D’abord, cette résidence commune à La Fabrique débouchant sur un concert particulier, Angil évoluant au premier étage, tandis que Broadway le filmait et le remixait simultanément au rez-de-chaussée. Une première expérience partagée qui poussa ces artistes à faire tomber ce plancher qui les séparait pour se retrouver, ensuite, enfermés dans un même studio, façon « Hymie’s Basement » (Lex Records), cet opus commun entre Fog et Why? (deux artistes dont Angil et Broadway partageaient déjà l’intérêt) qui fut en 2004 un véritable déclic pour la troupe

Angil et Broadway s’inspirent donc ici de la même idée, investissent La Fromagerie pendant deux semaines (voir le DVD qui accompagne ce disque, comprenant également une illustration vidéo de chacun des morceaux) afin d’accoucher d’un album commun, et en ressortent neuf titres imprégnés de leurs touches musicales respectives et forcément très proches de leur modèle américain. Pourtant, « The John Venture » va plus loin que le pâle plagiat auquel vous concluez sûrement déjà

Car ici règne une véritable osmose qui s’entend tout au long de ce disque homogène, profond, mélancolique, gracieux et d’une beauté paradoxalement légère et pesante. En effet, si les ambiances relativement glauques servent de fil rouge, celui-ci est assez large et solide pour nous emmener jusqu’à la fin de ce « The John Venture », tout en passant de moments pesants, monotones mais captivants (« Names », « Imaginary Physical Anilments ») à d’autres plus pop et accrocheurs (« Egg Music »), brossant dans le sens du poil l’auditeur peu habitué à ce genre d’approche musicale, et contrebalançant quelques sonorités plus ouvertement electro hip hop (« Stein Waltz », « Night Shift Day Shift »). C’est le cas notamment des très réussis « Coin-Operated » et « What Extra Mile? », emmenés par quelques notes de piano répétitives enrichies d’une large dose de bidouilles de bon goût, ainsi que du superbe et très folk « Old Europe », titre le plus touchant de cet opus

S’inspirer sans copier, c’est le difficile pari que remportent ici Angil et Broadway. Sans aucun doute, « The John Venture » ne pourra renier ses préférences musicales auprès du public Anticon qui, cependant, abordera ces neuf titres comme un complément ravivant les braises, plutôt qu’une pâle copie sans intérêt. Aucune franchouillardise fatale ne s’échappe de ce genre de disque trop rare sur la scène musicale française. Pour cette raison, comme pour des milliers d’autres, ne passez pas à côté d’une des plus belles surprises hexagonales de l’année

En écoute

1. Stein Waltz     

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