Amon Tobin – « ISAM »

isam180Album
(Ninja Tune)
23/05/2011
Onanisme électronique

On doit au moins admettre une chose concernant Amon Tobin: en ne se satisfaisant jamais de l’acquis, le producteur ne s’installe dans aucune routine, et trouve toujours le moyen de proposer quelque chose de différent à chaque album. Et si ce n’est pas sur la forme, c’est sur le fond. Avec « Foley Room« , son précédent disque, il prenait définitivement ses distances avec la réutilisation de musiques existantes pour s’en aller lui-même chercher la matière sonore qui allait faire son oeuvre. Comme tout geek musical invétéré, il lui fallait donc une nouvelle fois rebondir, trouver de quoi avancer, pimenter un travail de production qui plus que jamais s’entiche de la notion de performance. Et, suivant l’angle par lequel on l’aborde, c’est bien là que « ISAM » se révèle à double tranchant. Certes, le travail d’Amon Tobin est ici millimétré, perfectionniste au possible, d’une folle ingéniosité, d’une propreté reluisante. Seulement, à pousser le bouchon trop loin, sa musique finit par manquer d’âme au point qu’on arrive parfois à ne plus se voir dedans. C’est le cas ici à de trop nombreuses reprises, quand le calcul l’emporte sur la spontanéité, quand la performance prend le pas sur la composition en elle-même, quand l’ennui vole tout simplement la place à la stupéfaction (« Piece Of Paper », « Surge », « Wooden Toy », « Mass & Spring », « Night Swim »). Heureusement pourtant, « ISAM » parvient de temps à autre à rallumer tous les signaux d’un excellent disque. Notamment sur « Journeyman » qui ouvre le bal armé d’un beat pachydermique, d’un semblant de mélodie, et de ces milliers de détails qui sont maintenant devenus marque de fabrique chez le Brésilien. Quand il finit lui aussi par se ranger derrière ce « tout puissant » dubstep sans pourtant jamais le réinventer (« Goto 10 », « Bedtime Stories »), ou qu’il laisse intervenir une voix pour adoucir une déception grandissante (« Kitty Cat »). Reste alors ce qui se situe entre les deux extrêmes de cet album, et dont on ne sait trop que faire. Si le producteur confie autant son talent à la technique, peut être ne nous reste t-il qu’à offrir notre corps à la drogue, un bon vieux casque sur les oreilles, le volume à fond. Peut-être écouterons-nous alors ce disque avec plaisir, rattraperons-nous le génie Tobin, cette fois quelque peu égaré.

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itunes22

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