Altai & Abraxas Projekt – « Ouroboros »

Ouroboros[Album]
01/09/2006
(Oceanik Creations/Autoproduit)

L’union fait la force. L’expression a beau désormais sonner comme une banalité sans fond, c’est pourtant la première impression qui vient à l’esprit après écoute de cet album. Car le vieil adage retrouve ici tout son sens originel

Jérôme Paressant a.k.a Abraxas Projekt est un prolifique clarinettiste free (ou post-quelque chose) qui a signé plusieurs albums exigeants ces dernières années, sous ce nom ou sous un autre (DoWnTaO…), explorant souvent avec bonheur les fusions possibles entre electronica, free jazz et musiques ethniques (celte, orientale…)

Altaï est un duo de musiciens/producteurs dont les racines sont à chercher du côté du post-rock, du jazz et de l’ambient, quelque part entre le « Bricolage » de Amon Tobin et Boards Of Canada donc

Le premier se retrouvait un poil isolé dans la campagne saumuroise et peinait à dompter ses machines aussi savamment que son instrument; non loin de là, les seconds essayaient d’oublier la grisaille de Cholet (entre Nantes et Angers) en se plongeant plus que de raison dans les tréfonds de leurs disques de chevet

D’où les vertus de cette collaboration intelligente qui permet aujourd’hui à Abraxas Projekt de bénéficier des talents de production du duo, et à Altaï de dépasser leurs influences de jeunesse en s’appuyant sur l’univers très personnel du clarinettiste. Et le moins qu’on puisse dire est que le résultat est bluffant de classe et de maturité

Sorti sur le petit label créé par J. Paressant, cet « Ouroboros » mériterait en effet une médiatisation nettement plus soutenue que celle dont il va probablement jouir. Pas assez hype, trop provincial et j’en passe, les mauvaises excuses vont encore tenter de se dresser en remparts entre un projet finement abouti et son public éventuel. Ne vous laissez plus faire!! Les déflagrations free jazz, les nappes olympiennes et les accélérations drum’n’bass des trois hommes procurent à ces 11 titres (5 compositions communes + 1 remix et 2 inédits de part et d’autre) les atouts nécessaires pour percuter de face les fans des écuries Warp ou Planet Mu (cf. « Carefully », « Fragmentation/Récursion »…). Quand d’autres morceaux comme « UK Gangsta » pourraient tout aussi bien charmer les amateurs de Tortoise, ou « Dragonfly » redonner vie aux inconsolables de Dead Can Dance. A vrai dire, le seul véritable défaut de ce disque, qui pourrait l’empêcher d’atteindre le succès auquel il est en droit de prétendre, réside dans un budget promo à qui il manque quelques milliers d’euros… Autant dire une broutille

L’artwork artisanal de ce très beau digipack en papier photo finit par ailleurs de rendre ce disque absolument indispensable à quiconque n’a pas définitivement oublié qu’un album pouvait aussi être un objet sensuel avant de n’être qu’un contenu mp3-isé

Cet « Ouroboros » est une nouvelle preuve que la musique n’a nul besoin de s’inventer au coeur des grosses mégalopoles pour être à la pointe de l’expérimentation sonore, et que par conséquent l’underground n’est pas toujours là où on aimerait bien nous le faire croire… Don’t believe the hype!

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