Alias & Doseone – ‘Less Is Orchestra’

Alias & Doseone – ‘Less Is Orchestra’

Album / Anticon / 02.11.2018
Goth-hop


Le décès d’Alias en mars dernier à l’âge de 41 ans a forcément touché tous ceux qui ont traversé avec lui la période la plus faste d’Anticon, label qu’il avait créé à la fin des années 90 en collaboration avec Doseone, Jel, Odd Nosdam, Pedestrian, Sole et Why?. Et pour cause, pendant plusieurs années après son éclosion, la clique a incarné – au même titre que Def Jux à l’autre bout du pays – ce mouvement hip hop avant gardiste baigné de post rock et de musique électronique, rabattant singulièrement les cartes d’un genre de plus en plus diversifié, mais encore peu en proie aux expérimentations les plus poussées. Que ce soit ensemble ou en solo, chacun de ses géniteurs aura donc contribué à rendre le label incontournable, jusqu’à ce que sa créativité se disperse dans sa quête de renouvellement.

Par le fil d’Anticon, de leurs carrières respectives, comme de leur groupe Deep Puddle Dynamics encore considéré comme une référence aujourd’hui, Brendon Whitney (aka Alias) et Adam Drucker (aka Doseone) sont toujours restés liés. Preuve en est ce Less Is Orchestra posthume dont ils accouchent ensemble, dont ils rêvaient depuis vingt ans, et qui ravive définitivement les regrets de ne plus jamais pouvoir les entendre se compléter avec tant de brio. Car si le casting du projet ramène certes illico deux décennies en arrière, ces dix titres – achevés peu de temps avant la disparition du producteur – amènent deux certitudes avec eux : le son Anticon tel qu’on l’a connu était finalement bien capable de se moderniser (The Deadener, Ugly Is an Egg, T.L.R.); et Alias comme Doseone, bien qu’un peu embourbés dans leurs discographies respectives, étaient sans doute les plus à mêmes de raviver ces braises que l’on croyait depuis longtemps condamnées.

A l’ancienne donc, d’abord sans autre ambition que le plaisir de collaborer, Whitney et Drucker ont retrouvé leurs automatismes pour finalement les enrober de toute l’expérience acquise au fil de leurs parcours avec, toujours en tête, la parfaite connaissance de l’autre pour lui servir le meilleur terrain d’expression (Don’t Feed the Animal). Ainsi, les beats qu’a pondu Alias (Derby of Days, The Kraken), comme sa mélancolie du temps de Muted avec laquelle on renoue ici ou là (The Doghawk), vont comme un gant à la richesse vocale d’un Doseone décuplé (Fact Colossal, T.L.R.), capable comme personne de dompter l’ambiance (The Deadener), mais aussi de laisser parler son imagination débordante sous la forme d’une poésie abstraite (The Doghawk).

Sur la palette incroyablement riche et bien ficelée du producteur, hip hop, IDM, dub et sonorités indus ne font donc plus qu’un, amenant même le regretté à poser l’étiquette goth-hop sur ses propres travaux, plutôt que de la refuter come nombre d’artistes confirmés fuyant la catégorisation de leur musique le font. Sûrement parce que, dès ses prémices, Less Is Orchestra était entouré de cet halo de jeunesse, d’enthousiasme et de plaisir retrouvé, propre aux premiers albums. Réussi jusque dans sa totale cohérence, ce dernier témoignage commun s’inscrira à jamais comme la complémentarité évidente des deux amis, mais aussi comme une énième preuve que l’originalité mène droit à l’intemporalité lorsqu’elle n’est pas forcée. Must have.

ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
Fact Colossal, The Deadener, Don’t Feed the Animal, The Doghawk, T.L.R., The Kraken


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