Abstrackt Keal Agram – ‘Screen Blood’

Abstrackt Keal Agram – ‘Screen Blood’

Album / AKA / 27.10.2017
Abstract hip hop


On n’efface pas son heure de gloire en un claquement de doigt. La preuve, Tanguy Destable et Lionel Pierres ont beau avoir pris chacun leurs distances avec le projet qui leur a fait jouer un rôle déterminant en France à la grande époque de l’abstract hip hop, le passé les a rattrapés quand le festival Panorama leur a demandé de remonter sur scène pour souligner dignement les vingt ans de l’évènement. Plutôt que de refuser, c’est dans l’ombre qu’Abstrackt Keal Agram a rallumé les machines et s’est laissé prendre à son propre jeu : réédition de la discographie, retour en studio pour effacer l’empreinte du temps sur sa musique, et accessoirement répondre à une envie soudaine de produire de nouveaux titres. Ce qui mène logiquement à ‘Screen Blood’, un quatrième album qui met fin à 13 ans d’absence discographique, et qui fait souffler un vent de jeunesse sur cette musique non dansante qu’on croyait définitivement enterrée.

En partie nourri de ‘ces trucs qui pouvaient ressembler à du AKA’ que chacun laissait respectivement échapper de son inspiration, puis de l’osmose retrouvée entre deux protagonistes avides de s’affranchir des contraintes, ce nouvel album gomme l’absence par la volonté d’Abstrackt Keal Agram ne jamais abattre la carte du jeunisme et de tracer comme un trait d’union entre deux époques. A la fois humble et conscient de ses forces, le duo aligne ainsi neuf titres à l’ancienne, sans pression, frappés d’une production résolument actuelle, avec toujours cette approche respectueuse des basiques qui a contribué à lui faire une place de choix au début des années 2000. Ici, pas de couplet, pas de refrain, seulement des avancées abstract hip hop qui nous baladent entre ambiances cinématographiques à la Carpenter (‘To Arise From Sleep’), beats d’une redoutable efficacité actionnant illico nos mécaniques vertébrales (‘Firezone’, ‘Screen Blood’), et mélodies comme héritées de Boards of Canada (‘Enclave’).

Mais ‘Screen Blood’ n’a pas les deux pieds ancrés dans le passé : il prouve un renouvellement certain en appuyant délibérément un trait plus electro (‘Kealagram’, ‘Madoff’, ‘For No One’), comme en faisant souffler une légère brise pop à l’image du magnifique ‘Donaggio’s Dream’ accueillant la voix de Siamois. A aucun moment ici, Abstrackt Keal Agram ne lésine sur les idées et les richesses pour les mettre en oeuvre, ce qui fait tout naturellement de ce nouvel album un retour des plus réussis. Tant de réjouissances se partagent, il ne tient donc plus qu’à vous pour qu’elles ne passent pas inaperçues.

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ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
‘Firezone’, ‘Donaggio’s Dream’, ‘Screen Blood’


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