On y était! Retour sur The Men à l’Usine (Genève) le 19 septembre 2012

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Sensation 666 de l’année 2011 et docteurs en saturation sauvage pour les uns, hype surcotée et groupe déjà has been pour les autres, The Men suscitent la polémique. Et c’est exactement pourquoi il était intéressant d’aller les voir en concert ce mercredi 19 septembre. Le show a lieu sur la petite scène de l’Usine à Genève, repère de la nouvelle association Kalvingrad, version 2.0 du mythique Kab.

Le groupe de Brooklyn a clairement le vent dans le dos, avec une bonne partie de la presse indie acquise à sa cause. Reste que cette occupation de l’espace médiatique est tout sauf un hasard, The Men venant de sortir trois albums en trois ans – dont les deux derniers sur LE label bien à la mode, Sacred Bones – et boucler trois tournées européennes (certainement au moins autant aux US) depuis décembre 2011. Toutefois, des changements de line-up, ainsi qu’un dernier opus moins traumatisant et corrosif, dans une vaine plus rock n roll, ont provoqué pas mal de remontées acides chez les gardiens du temple et les premiers découvreurs qui ne se gênent pas pour descendre le combo en flammes à grands coups de « c’était mieux avant avec le premier bassiste« . Comprendre aussi un peu quand même: maintenant qu’on est plus de 17 à connaitre le groupe à Brooklyn et Paris, c’est moins cool.

Bref. J’avais toutefois moi-même été quelque peu échaudé par la prestation des New-Yorkais aux Instants Chavirés (Montreuil) en février. Beaucoup de gens avaient alors le fantasme secret de se faire transpercer le cerveau par les quelques tubes apocalyptiques et incendiaires de « Leave Home », album brassant à peu près tous les styles les plus dangereux du rock: noise, garage, punk old-school, et hardcore torturé (pour les profanes, tapez Think + The Men dans google et mourrez de votre propre folie ensuite). Avec en bonus, la bassiste de Pygmy Shrews en poste. Et puis finalement non, rien de tout ça. Ou presque. Par son absence de mouvement comme de charisme, la bassiste ressemblait à une capture motion/hologramme 3D projetée depuis la mezzanine et, en lieu et place de déflagrations supersoniques torturées, le groupe avait servi la quasi-totalité du disque qu’il venait de sortir, « Open Your Heart« , pour un concert limite indie-garage. J’étais sorti surpris, désarçonné, avec une impression mitigée.

Où en sont donc The Men sept mois plus tard? Réponse à Genève.

Les quatre coups de baguettes retentissent et, dès la première note, le groupe fait cette fois grosse impression. La combinaison des trois amplis et des vingt sept pédales de guitare/basse (chiffre pas si éloigné de la réalité) donne naissance à un son rock n’ roll aussi furieux que classe, qui rend justice à ce que le combo produit sur disque. « Les hommes » témoignent d’une présence scénique autrement plus convaincante avec, au milieu des deux gratteux, un nouveau bassiste pas inconnu au bataillon: Ben Greenberg (ZS, Hubbles, Pygmy Shrews again) qui ajoute une vraie plus-value à l’ensemble par son jeu entre accords et envolées mortelles dans le haut du manche, à dix mille lieux de la précédente intérimaire. Une énergie de tous les instants, brute et virile. Bagarre. Une prestation qui sert au mieux les compositions du groupe.

Nous atteignons le point sensible. Effectivement, toujours peu de morceaux antérieurs à « Open Your Heart ». Pourtant la sauce prend, et le public est devant la scène, pas au bar. Le groupe dégage un truc contagieux, les genoux bougent, les têtes s’agitent en rythme, et les gens gueulent entre les morceaux des trucs de mecs bourrés stupides avec l’accent suisse, fait suffisamment rare à Genève pour être souligné et apprécié. The Men donnent l’impression de jouer pour un Zénith, alors que nous sommes 50. Les titres s’enchainent, « Open Your Heart » fait mouche, pas de blabla superflu entre les morceaux, la transe prend bien, le set file tout droit. Un inédit en rappel, et le concert se termine en beauté.

D’aucuns peuvent être légitimement déçus de l’homogénéité de la set-list, et de ne pas voir The Men reproduire sur scène leurs expérimentations, qu’elles soient hardcore, noise ou pop. Mais force est de constater toutefois que, à moins d’être d’une mauvaise foi de gros taliban aigri, il n’est pas vraiment possible de sortir de ce concert de punk/indie de haute facture sans en dire du bien. Non-surcotés, et pas si hype que ça quand on sort de Paris, The Men sont donc bien vivants, et nous donnent rendez-vous très bientôt avec un nouvel album, en espérant que Ben Greenberg soit de la partie.

Ps : si vous vous êtes toujours demandés comment avoir le son à la « Leave Home », voici la réponse du principal intéressé: « actually, it was simple: we put it all in the red« . Aux groupes du monde entier: s’il vous plait, faites en de même.

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