On y était! Retour sur Rock en Seine 2010

Si l’on aimerait que l’été dure toujours, le froid de ce dernier week-end d’août rappela cruellement que les toutes les bonnes choses ont une fin. Même si, comme tous les ans, Rock en Seine faisait passer toute en douceur la pilule de la rentrée toujours difficile à avaler. Comme tous les autres festivals européens de cette année, ce rendez vous annuel, devenu incontournable, n’aura pas subi la crise, battant son record d’assistance à hauteur de 105 000 personnes réparties sur trois jours. Et cela, malgré la malchance déconcertante qui le frappe depuis trois ans: annulation par deux fois des concerts d’Amy Winehouse, séparation et non-concert en direct d’Oasis. En cette huitième édition, le public a donc prouvé qu’il savait faire la part des choses en prouvant toute sa fidélité à cet évènement musical qui voit chaque fois plus haut et plus fort. Retour donc sur ce cru 2010, réussi bien que pluvieux au mauvais moment. L’homme est peu de chose face à la Nature.

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Vendredi 27 août

BAND OF HORSES – FOALS – THE KOOKS – CYPRESS HILL – BLINK 182

La météo annonce la pluie. Dommage pour cette première journée qui s’annonce de très bon augure dès le début d’après-midi. Les Américains de Band of Horses (photo ci-dessous) font leur entrée sur scène à 16h20. La formation de Ben Bridwell n’aura pas le temps de se mettre en jambe qu’ils devront déjà annoncer la dernière chanson de leur set. Durant quarante minutes, on aura malgré tout eu le temps de vibrer sur les “Laredo”, “Is There a Ghost”, ou autre “Cigarettes, Wedding Bands”, et de frissonner malgré la chaleur passagère sur les magiques “No One’s Gonna Love You” et “Funeral”. On sent leur leader peut être un peu fatigué, ayant du mal parfois à pousser la note comme il le fait si magistralement sur disque. Band of Horses méritait plus long, et plus tard sans aucun doute.

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Entre tenter Kele (Bloc Party) à l’autre bout du site, et se fendre d’une bière en attendant le prochain groupe, les jambes auront dit leur dernier mot. Alors que les nuages arrivent en masse, Foals (photo ci-dessous) fait irruption, et réussit à faire oublier à tout le monde la pluie menaçante grâce à leurs titres consistants (“Total Life Forever”), dansants (le hit “Cassius”), et impressionnants de maîtrise. Le public ne peut qu’être conquis et reste indifférent aux premières gouttes. Les Anglais se lancent ensuite dans un périple sonore de près de vingt minutes durant lesquelles ils interprèteront trois chansons: « Spanish Sahara » et sa montée en puissance, tout en émotion maîtrisée, enchaîné sans interruption avec un “Red Socks Pugie” qui confirme – comme si c’était nécessaire – la qualité de leur premier album “Antidotes”. C’est finalement l’entêtant “Electric Bloom” qui clôture cette pièce en trois actes, de haute volée, fulgurante de précision. “Two Step Twice” renvoie une fois de plus le public sur le dancefloor pour conclure ce qui est déjà l’un des très grands concerts de cette édition 2010.

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La pluie s’en est allée avec Foals, et le soleil revient aux sons des mélodies des Kooks pour une douce fin d’après-midi. The Kooks, ce sont deux albums. Autant dire deux best-of tant on a l’impression d’assister au show d’un groupe balançant tous ses classiques. C’est direct, c’est pop, ça donne le sourire à tout le monde. Le groupe se met le public dans la poche dès les premières chansons avec ses “Eddi’s Gun”, “You Don’t Love Me”, et “Ooh la”. Ils en interprètent deux nouvelles (“Strange One” et “Sabateur”), mais c’est vraiment sur des titres comme “She Moves In Her Own Way” ou “Do You Wanna” que l’on ressent la force mélodique de ce combo encore tout jeune mais déjà très bien en place. Scéniquement, il ne se passe certes pas grand-chose, mais quel plaisir d’entendre tous ces hymnes, à la fois frais et fédérateurs. Une marée humaine se dirige ensuite vers la grande scène pour y voir Cypress Hill, dont même le « Insane In The Brain » n’aura pas réussi à nous faire résister à la faim. Ne restait plus que les pathétiques et totalement inintéressants Blink 182 pour la digestion. Vivement déconseillé.

Samedi 28 août

TWO DOOR CINEMA CLUB – JONSI – QUEENS OF THE STONE AGE – LCD SOUNDSYSTEM – MASSIVE ATTACK – 2MANYDJS

C’est avec Two Door Cinema Club que s’ouvre notre deuxième journée. Les Britanniques déroulent leur premier album en intégralité, avec un inédit en prime, faisant taire quelques critiques négatives exprimées par certains lors de précédents concerts. Loin d’être décevante donc, la machine à tubes fonctionne à plein régime, fait souffler la bonne humeur, fait sautiller et danser. « I Can Talk » terminera magnifiquement cette belle entrée en matière.

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Trois quarts d’heure plus tard, le manager de Jónsi – chanteur de Sigur Ros – annonce qu’une grande partie du matériel électronique de l’artiste (photo ci-dessus) est malheureusement resté bloquée au Portugal… La poisse, sachant que la mise en scène prend une place très importante dans ses représentations ou projections vidéo viennent habituellement appuyer toute la puissance de sa musique. On se contentera donc d’un show acoustique, timide et loin d’être aussi émouvant qu’un vrai concert de ce chanteur toujours à fleur de peau, maître dans l’art de transporter son public vers des cimes que seul l’Islande doit connaître… Dommage…

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Troisième fois que Josh Homme (photos ci-dessus) participe à Rock en Seine, deuxième fois accompagné de ses Queens Of The Stone Age. Et un constat: le rouquin prend en moyenne cinq à six kilos par an. Il débarque un peu titubant, éméché(?), enfile sa guitare pour donner le départ du show avec une intro dévastatrice, à coup de “Feel Good/Hit of the Summer” et “Lost Art of Keeping a Secret”. Ça tabasse, mais bizarrement cette forte première impression s’estompera au fil du concert. Même les “Go With The Flow” et “Little Sister” n’arriveront pas à balayer notre moue. Jamais nous avions déserté Queens Of The Stone Age en plein “No One Knows”…

Mais qui déserte QOSTA se dirige fort logiquement vers la scène de la Cascade pour retrouver James Murphy et son LCD Soundsystem (photo ci-dessous), comme toujours bien plus qu’un groupe rock dansant, ou qu’un groupe electro rockisant. Les New Yorkais ont l’art de faire monter la sauce, d’exploser (“Tribulations”), et de nous faire danser (”Yeah”, « Drunk Girls »). La formation est parfaitement en place, rodée, et les morceaux prennent toute leur mesure sur scène, sous la coupe de leur maître de cérémonie enragé. Un grand moment de ce Rock en Seine 2010.

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Plus tard, le set sombre, froid et tendu de Massive Attack peine à nous séduire, malgré la présence des invités de luxe que sont Martina Topley Bird et Horace Andy. Le contraste avec LCD Soundsystem est définitivement trop grand. On zappe, comme pour se préserver en vue du clou prévisible de cette soirée, ce grand classique des festivals. Les Belges de 2 Many Djs savent définitivement se faire cerise sur le gâteau, à coups de mash-up, de remixes, de projections vidéo reprenant les pochettes animées des disques joués par les deux frères. Seul reproche: avoir opté pour un mix un peu trop pointu, alors que les grands moments de leur prestation resteront sans conteste les “Shook Me All Night Long” d’AC/DC, « Kids » de MGMT, ou “Welcome To The Jungle” des Guns n’Roses.À la place de mash-up entre Nirvana et Britney Spears, le duo a donc offert un set ciblant plus volontiers les initiés de l’électro. Pourtant, persévérer valait le coup, 2 Many Djs clôturant son mix dans une explosion sonore et visuelle, déluge de confettis en prime…

Dimanche 29 août

EELS – THE TING TINGS – ARCADE FIRE

eelsCet ultime jour de festival débute par un regret: notre arrivée trop tardive qui nous prive des texans de The Black Angels. C’est finalement avec Eels (photo ci-contre) et son concert pour le moins surprenant qu’on ouvrira cette dernière ligne droite d’hostilités. Loin de la mélancolie affichée dans presque tous les disques de Mark O. Everett, le groupe délivre une prestation très électrique, entre rock et blues, partagé entre compositions et plusieurs reprises: “She Said Yeah” des Stones, “Summer In The City”, “Summertime”. Un ou deux moments de grâce seulement en compagnie de son “That Look You Give That Guy” et du nouveau “Spectacular Girl”. Concert un peu déroutant donc pour les adeptes du Eels en studio, qui découvriront donc – parfois à leur dépens – que cet insatiable créateur sensible peut aussi être un véritable rockeur taillé pour la scène. Celle que The Ting Tings investiront plus tard pour une enfilade de tubes qui laisseront presque indifférents du fait de leur interprétation très scolaire, sans la folie nécessaire pour retourner l’audience.

Peu importe, le point d’orgue de cette journée n’était autre qu’Arcade Fire (photo ci-dessous), très attendu depuis la récente sortie de leur dernier album. Le “Ready To Start” d’ouverture annonce la couleur sur une scène totalement occupée par les huit membres du groupe, fidèles à leur habitude de changer d’instrument quasiment à chaque morceau. “Keep The Car Running”, “Neighborhood 2 (Laika)”, et autre “No Cars Go” restent toujours ces chansons absolument extraordinaires qu’ils interprètent avec une énergie débordante. Les titres à suivre sont dédiés à « The Suburbs », et « Rococo », « Modern Man » ou « The Suburbs » prennent alors une toute ampleur que sur bande et s’annoncent comme de futurs classiques des Canadiens. La section cuivre de Beirut s’invite sur le superbe « Ocean of Noise », tout comme la pluie dont on avait un temps oublier qu’elle pouvait elle aussi avoir son mot à dire. Le temps d’interpréter “Intervention”, et c’est sous un déluge que Win Buttler entame “We Used To Wait” avant de se voir obligé d’annoncer la suspension temporaire de leur show à cause du risque d’électrocution… Quelques longues minutes d’attente puis ils reviennent pour un “Wake Up” acoustique, histoire de contenter un public forcément un peu frustré. C’est donc sur une note un peu mouillée et une odeur naissante de chien mouillé que l’on referme cette édition 2010 d’un Rock en Seine qui s’en sort une nouvelle fois pas indemne, mais qui peut définitivement être fier du travail accompli.

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Une réponse à On y était! Retour sur Rock en Seine 2010

  1. Jean Chalopin 2 septembre 2010 à 14 h 39 min #

    Le « wake up » final sous la pluie et repris en choeur par tout ceux qui sont restés est vraiment le meilleur moment de ce rock en seine 2010, c’était magique. (n’en déplaise aux grincheux qui sont partis avant et voudraient presque être remboursés pour 2 morceaux qui n’ont pas pu etre joués)

    en vrac:
    > Super concert des Naive new beaters, avec un public bien dedans et réceptif aux conneries microphoniques de David Boring
    > Martina Topley Bird et son Ninja multi instrumentiste en remplacement d’ou est le swimming pool, c’était frais et mignon, avec une reprise dépouillée de Overcome
    > Eels très décevant, mis à part les morceaux de Hombre Lobo
    > Black Angels: concert interessant, mais il leur faut vraiment un son parfait et une petite salle pour que leurs morceaux rendent qqchose
    > Black Rebel Motorcycle Club: idem son assez moyen, et trop de morceaux du dernier album peu inspiré. Mais ils ont la classe sur scène
    > Wave Machines, Underworld, LCD, Cypress, Beirut: mention bien

    Un très bon cru globalement!

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