On y était! Retour sur Less Playboy Is More Cowboy 2015

Less Playboy is More Cowboy s’est déroulé du 4 au 6 juin à Poitiers. Une nouvelle fois, Mowno a fait acte de présence avec un investissement total. Durant trois jours, l’ensemble du festival fut passé au crible pour le meilleur et pour le pire, mais surtout pour le meilleur.

JOUR 1

Mon fantasme est d’obtenir la même réaction de ce public que celui de Pneu, mais avec ma façon de faire‘ nous avait prévenus Greg Saunier, invité d’honneur de la Colonie de Vacances (photo ci-dessous), quelques jours avant leur performance commune. Convié par le Confort Moderne, avec le consentement des quatre groupes, à écrire une pièce d’une heure pour le projet quadriphonique, le batteur de Deerhoof est excité par cette collaboration et ne le cache pas. Les hostilités se présentent le jeudi 4 juin.
Après l’entrée ouatée dans l’enceinte de la salle pictavienne, les présentations d’usage et le repérage des installations annuelles, Quadrupede dégaine dans le bar. Solide, la prestation se livre devant une foule encore partagée entre l’apéritif dans le doux crépuscule extérieur et les larsens du bar.
Quelques minutes plus tard, Lau Phi prévient les derniers flegmatiques aux bouches remplies de frites de l’entrée en scène de La Colonie de Vacances, dirigée par l’instrumentiste américain.

Hormis dans le champs lexical onomatopéique, peu de mots viennent à l’esprit pour décrire avec précision l’ahurissante prestation des douze protagonistes de cette création unique. Même s’il se défendait de toute narration littéraire pour cette pièce, Greg Saunier a écrit une composition épique, naïve et obsédante, quelque part entre The Legend of Zelda (sans l’ocarina), ‘Mad Summer’ (la petite comptine pop de ‘L’été de Kikujiro’) et Nissennenmondai. Concept pop à part entière, la patte éloquente de Deerhoof copule avec allégresse avec les particularismes de chacun, les voix enchantent, la guitare de Marvin joue la carte du lyrisme héroïque, le clavier provoque les bassins, quand la basse de Papier Tigre achève le travail de désinhibition et les batteries martèlent sous les yeux déconfits de la délégation Agi-son. Parfois, quelques larmes d’émotion se décèlent sur les pommettes des plus bouleversés. Déconstruite en vingt-six lettres (oui, comme l’alphabet), il devient difficile d’extraire un thème parmi les autres, même si ce passage (en l’occurrence, capté le lendemain à La Gaité Lyrique à Paris, merci Benoit) fut l’un des plus beaux moments de cette première.
Lorsque les instruments se retirent, l’audience se regarde, ahurie, brutalement sortie d’un rêve éveillé. Mais La Colo n’en a pas fini, et profite de la présence de Greg Saunier pour, cette fois, l’inviter à participer à leurs nouveaux morceaux. C’est incroyable de voir à quel point la formation change de visage, rompant avec la zizanie burlesque de l’oeuvre précédente, pour distiller une demi-dizaine de tubes, lesquels conjuguent sans détour leur affection pour la biguine à tambour et la noise. Quelques hectolitres de sueur déversés plus tard, la Colo et Greg Saunier concluent leur dernier concert de l’ère I du Confort Moderne, l’un de leurs lieux de villégiature préférés. Sur la voie du bar, où DJ Marvina s’apprête à nourrir la piste de danse de ses classiques maintes fois pratiqués, quelques rastas en boubou clament leur joie d’avoir pu assister à une telle effusion sonore. Sur la piste du bar, les plus beaux mouvements de danseurs de renom se déclinent sous les refrains de ‘Time of my Life’. La vie est belle au Confort.

JOUR 2

Chaleur de plomb. Poitiers rayonne dans des conditions estivales, la capitale pictavienne est truffée de créations artistiques, commandées par la municipalité, et le mélange des genres avec la tradition ecclésiastique se révèle agréable.
L’ambiance au Confort Moderne l’est elle-aussi, et c’est dans le cadre d’un pique-nique informel que le vernissage de l’exposition ‘Je t’empire’ de Justin Lieberman (photo ci-dessous) se déroule. Dense, la rétrospective est une petite prouesse, tant la circulation au sein de ses innombrables pièces se révèle fluide. L’artiste, né à la fin de l’ère dorée de la contre-culture, reste néanmoins fasciné par l’hyper-consumérisme, en premier lieu dans la société américaine, puis au sein même du marché de l’art. Subversive et hilarante, malgré son propos acerbe, ‘Je t’empire’ frappe, au moins autant que les cocktails et autres potions disséminés durant le préambule, sous les mélopées du patron d’Optical Sound.
À ce sujet, prenons le temps d’ouvrir une parenthèse pour faire part d’une discussion au sujet de la qualité des cocktails du Tiki Bar. Si le Zombie fait son petit effet, mon choix du second sur la carte (celui au citron vert) me laisse un peu dubitatif: un surplus d’eau pétillante amenuise la saveur du rhum (à moins qu’il ne s’agisse de vodka ou d’un de ces alcools exotiques dont les appellations sont bien trop compliquées). Heureusement, l’équipe du Confort Moderne fait preuve d’un zèle à faire pâlir de jalousie tous les branleurs de Trip Advisor. La sémillante Anouck reconnait le défaut et propose de rajouter un peu de cet alcool. Je refuse, bon prince, mais avec le sentiment du devoir accompli, et d’avoir permis à Anouck de progresser dans son domaine.
Précisons que c’est d’ailleurs la faute de ces vicieuses effluves si le concert de Dead Fader se déroule sans nous (ce ne sera malheureusement pas le seul). En revanche, notre présence dans l’audience de la prestation de Killason fut assurée. Le local de l’étape, de moins en moins vêtu au fil de sa performance, joue, seul, devant une foule en majorité déjà convertie. Le jeune producteur administre un hip-hop physique, drôle, avec une aisance certaine, sans pour autant toucher notre cible. Cela dit, nous sommes bien les seuls.
Dehors, les enfants jouent au ‘jeu de la balle’ sur le parvis près de la salle d’exposition. Filles et garçons s’observent, sans toutefois trop s’approcher. Dans le groupe, le jeune Thémis distribue bons et mauvais points. À cet âge-là, on ne sait trop s’il finira par vivre de la musique, de la drogue ou de la vente d’assurance-vie, et pour tout dire, on ignore complètement ce qui est le mieux. Attendons dix ans pour savoir si sa vertu est toujours de mise.
La vertu, Extreme Precautions ne s’en préoccupe guère. Il lui a fallu bien peu pour saisir nos tripes. Le musicien, aussi connu sous le nom de Mondkopf sur d’autres scènes, ou de Paul à la ville, réalise un concert génial, aussi dansant que tellurique, violent mais séduisant, toujours quelque part entre deux mondes, techno et grindcore, sans se soucier des codes des genres.
Le jeune Antoine et son petit frère, pas plus de 40 ans cumulés, l’air malicieux, nous proposent des massages aux frais du Confort. On décline, avec la conviction que la salle va beaucoup trop loin dans la fidélisation de son public.
La suite sera moins sonore, mais non moins plaisante, avec une sélection concoctée par Lau Phi, encore lui, dont le goût pour le zouk se révèle plus éloquent qu’au sein de sa programmation annuelle.

JOUR 3

La décence aurait voulu que nous évoquions Annie Lewandowski, ou la cantatrice de Powerdove, en pleine envolée dans les jardins du Confort, mais notre désinvolture entraîne souvent des problèmes temporels, et donc des loupés. Ceci dit, tous ses spectateurs étaient ravis et, pour l’avoir vue quelques jours plus tôt, il n’y a aucune raison d’en douter.
Quelques minutes plus tard, Jack Name vient occuper le même espace pour quelques dizaines de minutes de son hybrique, quelque part entre chillwave, drone et garage. Le duo n’est pas sans rappeler le Français Cankun, et brille en dépit d’une timidité qui n’a d’égale que la radicalité de leur proposition.
Ropoporose est bien sûr de la partie (peut-être même avant Jack Name, la mémoire est trouble) et le duo se fait entendre de loin, puisque d’autres discussions nous ont distrait. Loin de nous l’idée de les fuir, nous les avions déjà vus et notre affection pour ce projet est incontestable. Afin de sortir de cette torpeur estivale, décision est prise d’aller voir Ken Mode, avec grand bonheur. Le trio, lui-aussi ‘produit par Steve Albini’, atteint des sommets à tous les niveaux, en termes d’énergie, de nuisances sonores et de classe. La section rythmique ne fait aucune concession au système son, à l’instar du frontman avec son micro. Ne faisons pas mystère de notre couardise: en dépit d’une satisfaction bien réelle, l’absence de protection auditive (notre faute, le Confort en propose fort gentiment) provoque notre fuite au bout de quelques morceaux.
Une fois de plus, le reste de l’ordre de passage est très confus. Une chose est certaine: notre retard pour le concert de SVPER est impardonnable, compte tenu de l’excellente prestation de ce duo espagnol. Acidulé, synthétisé, pop, langoureux, leur concert est une bouffée d’air frais dans cette ambiance saturée par la combinaison gin-to/poppers des voisins (une mode réhabilitée en Limousin, bientôt partout chez vous).

Les superlatifs manquent aussi pour Wand (photo ci-dessus), bien que tout le monde ne partage pas cet avis. Psychédélique à souhait, le quatuor emporte les uns, et lasse les autres. Mais la fraîcheur et la sincérité de la proposition est réellement séduisante, d’autant qu’il s’agit ici de l’ultime accueil de cette scène du Confort Moderne. Avant eux, Motorama a approché le génie, avant de tomber dans l’ennui le plus total, malgré le déhanché princier de Vladislav Parshin. Entre les deux, Homeboy Sandman (photo ci-dessous) a bluffé. Excessif, il fit preuve d’une grande sévérité à l’égard de son DJ, dont les traits hispaniques et l’aspect apeuré nous interrogent sur la validité de son passeport (pour toute réclamation concernant cet écrit, sachez que nous avons de très bons avocats). Musicalement, il fut sans doute l’un des artistes les plus charismatiques de cette édition. Un sans-faute (excepté le DJ, donc).
Niveau danse, un aspect du festival très attendu et un brin absent malheureusement, Niños du Brasil a fait le job, bien qu’on soit incapable d’en dire plus que des flashs succincts (en raison de l’ambiance saturée, précédemment citée). Enfin, James Pants nous a parfaitement accompagné jusqu’à la fin de cette édition du festival le plus adorable de nos frontières, avec un show à la Dan Deacon, l’interaction en moins, le groove en plus, afin de nourrir un peu plus les bassins désireux de trajectoires chaloupées. Après son ultime au-revoir, les portes se ferment, certains partent pour un sommeil bien mérité, d’autres restent pour des prolongations bien méritables (celles qui, selon Noisey, se déroulent dans des caves obscures et des bars clandos…).

Une fois de plus, le Confort Moderne et ses festivaliers ont réussi leur mission. Dans une décontraction dont seul ‘Retiens la nuit’ peut se targuer, ‘Less Playboy is More Cowboy 2015’ s’est déroulé sans faux pas, en toute simplicité, et sous le parrainage de formations remarquables. C’est le coeur serré qu’il faut quitter cette enceinte une dernière fois avant sa réhabilitation, sans connaitre la date des prochaines retrouvailles avec les copains, comme une fin de colonie de vacances.

Crédit photos: Yvain Michaud, Nicolas Meurillon, Julien Dodinet

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