On y était! Retour sur le Primavera Sound Festival 2015

C’est en faisant fi des jambes lourdes et des poches sous les yeux qu’on se replonge dans les souvenirs – embués ou non – laissés par cette quinzième édition du Primavera Sound Festival ou plus de 200 groupes s’étaient une nouvelle fois donnés rendez vous. Tops, flops, et autres souvenirs pour dresser le bilan d’une riche cuvée.


Les tops…

Difficile d’inaugurer ce chapitre sans rendre hommage aux éléments qui, cette année et depuis trop longtemps, n’auront jamais fait défaut aux festivaliers habitués à affronter la brise fraiche catalane une fois la nuit tombée. Un détail pour vous mais qui – pour eux – veut dire beaucoup, surtout quand il est question de se flanquer un set soporifique (parce qu’il y en a aussi) à je ne sais quelle heure du mat’.
Chaleur et soleil auront grandement contribué au caractère mémorable de certaines prestations. Parce que cette année, dans une douceur toute méditerranéenne, s’abreuver de l’americana des nombreux et classieux Giant Sand, de la beauté des orchestrations d’un Antony & The Johnsons bénéficiant d’un son quasi-irréprochable, de la voix d’une Patti Smith aussi énergique que rebelle, de la bonne humeur communicative de Replacements longs au démarrage mais généreux en reprises, ou des riffs d’un Thurston Moore Band désormais impeccablement rodé, n’avait pas de prix. Que d’anciens qui, à l’instar des ‘jeunots’ de Viet Cong très convaincants bien qu’un ton en dessous de leur concert de la veille à l’Apollo, ont contribué à sauver la programmation d’un jeudi annoncé nettement moins passionnant que les jours à suivre.

En effet, pour beaucoup de festivaliers, et à en croire l’affluence raisonnable de la première jounée, le Primavera débutait seulement le lendemain. Quand Disappears ouvrait dignement armé de son post punk aux langueurs dub, et que The New Pornographers laissaient parler leur science pop avec un naturel déconcertant. Quand Perfume Genius se distinguait avec un set étonnement dynamique et extraverti ou beauté et émotion jouaient des coudes, qu’Ariel Pink et ses sbires – aux dégaines improbables – faisaient sonner leur bordel parfaitement organisé, puis que Jon Hopkins et ses danseuses de l’ombre sonnaient avec assurance l’ouverture officielle du dancefloor.

Le samedi, aussi maline qu’elle soit, l’équipe de programmation poussait les dizaines de milliers de spectateurs dans leurs derniers retranchements physiques avec une dernière ligne droite des plus haletantes. Pour qui n’avait pas choisi de s’enfermer dans l’auditorium pour trois heures de Swans aussi puissants qu’à l’accoutumée, le début de soirée – totalement aux couleurs locales – était accaparé par le concert intense offert par les barcelonais de Nueva Vulcano devant un public tout acquis à leur cause, puis par la retransmission sur écran géant de la finale de la Coupe du Roi jouée (et gagnée) par la prestigieuse équipe du Barça. Qui a vécu l’arrêt total du festival il y a trois ans durant la finale de coupe d’Europe sait à quel point le football est religion en Catalogne, et ne peut donc douter de l’ambiance mémorable qui a régné ce samedi au sein de l’immense réfectoire à ciel ouvert du Forum.
C’est donc ragaillardi qu’il fallait alors se jeter tête baissée dans les sets malheureusement croisés de Strokes proposant ni plus ni moins qu’un impeccable best of, d’un Dan Deacon définitivement maître de bamboule, de grinçants Shellac fidèles au poste, et d’un Health remuant venu présenter un prochain album prometteur et efficace. Aussi intense que frustrant, l’enchaînement poussait jusqu’à l’apogée parfaite du Primavera Sound Festival 2015: rock avec les inégalables Thee Oh Sees (photo ci-dessus) confirmant – à l’aide de deux batteurs – tout le caractère indispensable d’un dernier album frontal, et électronique avec Caribou, rappelant au passage – et devant un parterre totalement comble – à quel point la musique électronique est bonne quand elle est jouée live.

Les flops…

A la surprise quasi-générale, c’est par un flop qu’a débuté le festival, quand il a d’abord fallu se cogner une queue interminable pour se procurer un ticket à 2 euros afin de pouvoir assister au concert de Panda Bear entre les murs du confortable Auditori. Puis une seconde toute aussi longue pour pouvoir entrer dans la salle ou l’Animal Collective – placé devant un écrant géant – s’affairait déjà derrière un équipement minimaliste. Bien qu’efficace, la performance poussait très vite à relativiser l’engouement suscité, d’autant plus que le new yorkais aurait largement eu sa place sur une plus grande scène extérieure. C’est malheureusement une des grandes incohérences qui émaillèrent cette quinzième édition, au même titre que le concert de Battles dans une boite à chaussures et donc réservé qu’à quelques chanceux, de celui d’un Tobias Jesso Jr dont le piano et la voix luttaient autant que possible contre les distortions voisines de The Julie Ruin et The New Pornographers, ou d’un Damien Rice beuglard et bien trop esseulé sur l’une des deux immenses scènes du Parc.

Mais d’autres groupes n’ont pas eu besoin d’un malheureux hasard de programmation ou d’organisation pour se distinguer tristement. En effet, de ce cru 2015, on ne se souviendra pas longtemps du vide de composition affiché ce jeudi par Twerps, ou de la prestation de Mineral, combo émo des années 90 sur le retour qui n’a pas manqué de rappeler à son auditoire que beaucoup d’eau avait coulé sous les ponts depuis son heure de gloire. Bien qu’encore acclamée par quelques nostalgiques, la sauce eut toutes les peines à prendre. Même chose le lendemain pour un Alt-J pourtant bien de son temps qui n’a jamais réussi à emmener son public ailleurs que dans l’ennui le plus total, imité le samedi par Mac DeMarco à peine sauvé par son humour, ses reprises et sa décontraction affichée. Qu’il se rassure, le Primavera Sound Festival 2015 allait voir bien pire quelques heures plus tard avec le concert hâché et jonché de problèmes techniques de Babes In Toyland (photo ci-dessus).

Les moues…

James Blake, Spiritualized, Mikal Cronin, Chet Faker (à moins que vous ne soyez de la gent féminine), Ought, Tyler The Creator (ah ce putain de hip hop ricain…), Exxasens, Cheatahs, Brand New, Sleater Kinney, Ride (bien en dessous de Slowdive l’an passé, même endroit même heure), The KVB, Run The Jewels (ou l’impression d’entendre toujours un peu le même morceau), The Julie Ruin, Death From Above 1979 (soigne ton son de basse bordel!), The Hotelier, Interpol, Fucked Up, Kevin Morby, American Football, Sleaford Mods (même remarque que pour Run The Jewels, une fois passé l’étonnement devant l’énergie déployée par Jason Williamson, et l’amusement devant l’inutilité scénique de Andrew Fearn).

Les tristes impasses…

Jungle, Simian Mobile Disco, The Suicide Of Western Culture, Ratatat, Shabazz Palaces, Movement, Pharmakon, The Soft Moon, Foxygen, DIIV, Tune Yards, Single Mothers, Unknown Mortal Orchestra, Hookworms.


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