On y était! Retour sur le festival Primavera Sound 11

Les 26, 27 et 28 mai dernier, Barcelone attirait tous les regards européens. Et pour cause, bien coincé entre la Spanish Revolution des Indignés et une finale de football remportée par le club de la ville, le cru 2011 du festival Primavera réunissait ce que la scène musicale avait à proposer de mieux. Retour sur cet évènement devenu définitivement une étape incontournable du printemps.

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Jeudi 26 mai

SUFJAN STEVENS – GRINDERMAN – INTERPOL – CARIBOU – SALEM – EL GUINCHO – GIRL TALK

Pour pouvoir assister à l’un des deux concerts de Sufjan Stevens (photo ci-dessous), il fallait réserver puis s’en remettre au hasard. Chanceux au tirage au sort,  nous étions des heureux élus. Direction l’Auditori Rockdelux donc pour ce premier concert du Primavera Sound 2011. Tenues de scènes phosphorescentes, images sur écran géant, rideaux transparents en guise de supports pour d’autres projections, Sufjan se présente comme le capitaine d’un vaisseau spatial qui nous transportera à travers un trip pop cosmique d’une beauté sublime. Un voyage, une expérience, un moment extraordinaire qui va bien au delà de la simple musique, et qui restera ni plus ni moins comme le plus beau concert de cette édition… En effet, au cours de ces deux heures, le songwriter interprète son dernier album « The Age Of Adz » dans son intégralité – le genre de disque que d’autres passent une vie à essayer de composer – passant seulement deux fois par la case folk: à l’occasion d’une reprise du célèbre « The One I Love » de R.E.M. et d’un final en apothéose incarné par une version épique de son « Chicago ». Alors que l’on se remet difficilement de nos émotions, la scène principale San Miguel est prise d’assaut par Nick Cave et son Grinderman en grande forme.

prima2Mais, comme dans chaque festival, les concerts se bousculent, les horaires se chevauchent. On parcourt alors les deux kilomètres qui séparent les scènes Llevant et Pitchfork sans savoir qu’on faisait là la première erreur de choix: celui de voir une nouvelle fois Interpol, toujours auteur de bons albums mais terriblement ennuyeux en live tant il est lent et sombre. La suite est nettement plus électronique puisque Caribou investit la scène ATP avec un très bon jeu de lumière, une musique géniale qui s’apprécierait pourtant plus volontiers assise que debout. Là, pas mal de gens attendaient Salem, un des phénomènes electro de l’an passé: une attente pourtant frustrée par un niveau sonore bien inférieur à ce que mériterait ce groupe. En effet, quel intérêt d’aller voir le duo sans que ses nappes de synthés et ses basses ne viennent rebondir sur nos torses moites? Dommage, car la mise en scène plutôt dark donnait envie mais il ne suffira finalement que de deux titres pour inciter un public à déserter progressivement.

Un changement horaire communiqué à la dernière minute nous fait rater El Guincho (photo ci-dessous), certainement le groupe espagnol le plus intéressant de ces dernières années. Sa pop negro tropicale fait bouger tout le monde, le set se finit sur un énorme « Bombay », danseuses vêtues d’un style années 80 en prime. Girl Talk avait alors les honneurs de clôturer cette première soirée à grands coups de mash-up.

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Vendredi 27 mai

TENNIS – M. WARD – ARIEL PINK – THE NATIONAL – BELLE & SEBASTIAN – PULP – DEERHUNTER – BATTLES

Le Forúm de Barcelona propose un paysage des plus agréables: avec vue sur la mer, on y respire une certaine tranquillité. Du coup, si l’on y ajoute un couché de soleil et la musique de Tennis, la fin d’après midi de cette deuxième journée de festival s’annonce tout simplement parfaite. Les Américains bien propres sur eux interprètent l’intégralité de leur premier disque sans fausse note, qu’elle soit musicale ou esthétique. Leur pop très orientée sixties séduit l’audience présente à la scène ATP, notamment ce « Marathon » s’imposant comme un des singles pop de l’année. M. Ward, la partie masculine de She & Him, offrait ensuite un concert plutôt très agréable sur la scène principale, son mélange de country-pop-folk se révélant en adéquation parfaite avec ce contexte de début de grande soirée.

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Sur la scène Pitchfork commençait la prestation d’Ariel Pink’s Haunted Graffiti, un des groupes de l’année 2010. Pourtant, les chouchous du webzine américain ne se montreront que très peu intéressants sur scène, la seule bonne note étant à attribuer à leur superbe « Round and Round ». Le reste n’en sera que plus anecdotique. Après un énième kilomètre et demi de marche, The National (photo ci-dessus) se dresse sur la scène Llevant devant un parterre noir de monde, pour un show très consistant, bien que l’on puisse regretter qu’il insiste trop peu sur le contenu de son dernier opus. Retour ensuite sur la grande scène avec Belle & Sebastian, autre déception de cette édition 2011. En effet, comment un groupe auteur de tant de pépites pop peut être si mauvais en live? Aucune unité, les tubes se font laborieux et perdent systématiquement de leur superbe.

prima5Il fallait donc aller chercher le meilleur concert de cette soirée chez Pulp (photo ci-dessous) qui marque son retour sur scène après neuf ans d’absence. Un Jarvis Cocker en grande forme dédie le « Common People » aux Indignés de la plaza Catalunya, délogés le matin même pour cause de possible célébration de la victoire du Barça en Ligue des Champions. Il n’en faudra pas plus pour que le titre devienne une sorte d’hymne du festival… Les Anglais reviennent principalement sur leurs deux albums les plus connus, « Different Class » et « This Is Hardcore », et on se dit à l’écoute de ces chansons que la période brit pop n’était finalement pas si mauvaise. C’est alors au tour de Deerhunter (photo ci-contre), un des groupes les plus attendus de cette soirée, d’entamer son show sur un « Desire Line » d’anthologie. Le son est lourd, très électrique, et donne encore plus de force aux compositions du combo d’Atlanta, définitivement l’un des grands vainqueurs de cette édition.

Entre Simian Mobile Disco et Battles, tous deux programmés à la même heure, on choisira ces derniers pour un show énorme donné sur la scène Ray Ban. Hypnose rythmique, obsession dans la précision, Tyondai Braxton n’est plus là, mais on s’en rend à peine compte. Les featurings vocaux du tout récent « Gloss Drop » apparaissent sur écran géant derrière le groupe, et « Ice Cream » est assurément déjà un hit. Seul regret: l’absence de « Tonto » et « Atlas », les deux tubes de son premier opus. Comme si Battles, impressionnant malgré tout, avait décidé pour de bon de ne plus regarder en arrière…

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Samedi 28 mai

PERFUME GENIUS – WARPAINT – CLOUD NOTHINGS – THE TALLEST MAN ON EARTH – FLEET FOXES – ODD FUTURE – DJ SHADOW

Troisième journée de festival, et le corps commence à s’en ressentir. D’ailleurs, peu nombreux sont ceux qui assistent au recital de Perfume Genius, à 16h dans l’Auditori. Ambiance intimiste, timidité extrême de Mike Hadreas qui ne s’exprimera qu’à travers son registre piano/voix en interprétant l’intégralité de son premier disque avec plusieurs moments d’une beauté intense, qu’il s’agisse de « Dreem », « Mr. Petterson », ou « Lookout Lookout ». Une bonne façon de commencer une journée s’annonçant une nouvelle fois très chargée.

prima7Vient alors l’heure de Warpaint. Les quatres californiennes confirment dès la première chanson tout le potentiel de leur premier album « The Fool« . Le son se fait plus dur, envoutant, et chaque chanson prend une nouvelle dimension. Le public présent a alors la sensation d’assister à l’un des tous meilleurs concerts du Primavera Sound, lequel aurait pu devenir grandiose s’il avait été programmé un peu plus tard, histoire que le jeu de lumière finisse d’achever un set presque parfait. Sur la scène Pitchfork, Cloud Nothings emboite le pas devant une assistance restreinte mais avidée, essentiellement américaine, qui connait toutes les chansons du groupe. « Should Have » et « Forget You All The Time » remporteront d’ailleurs ses faveurs.

On ira également faire un tour vers la grande scène ou le folk de The Tallest Man On Earth convainc surtout grâce à sa voix. On peine à croire que Kristian Matsson ne soit pas le petit fils de Bob Dylan tant le jeune suédois impressionne et aurait mérité son Auditori plutôt qu’une grande scène injustement trop grande pour lui. Le soleil se couche, Fleet Foxes (photo ci-dessus) monte sur scène, plonge le festival dans un halo de plénitude avec un set centré sur le tout récent « Helplessness Blues« , sans oublier quelques retours sur leur magnifique premier album éponyme. Leur nouvel opus prend alors toute sa dimension: « Battery Kinzie », « Grown Ocean » ont une force toute particulière, tandis que les « White Winter Hymnal » et « He Doesn’t Know Why » restent définitivement des chansons indispensables. La musique est belle, les harmonies vocales superbes, le tout prend des allures de triomphe.

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On terminera cette journée de clôture en compagnie du phénomène Odd Future (photo ci-dessus) au grand complet. Hip-Hop intense et visuel, les types bougent comme des dingues sur scène mais, comme souvent dans les concerts de ce genre, le show s’essouffle rapidement. On fera alors un petit tour chez Dj Shadow, efficace mais peu surprenant, pour définitivement mettre fin à cette édition 2011 du Primavera Sound dont on repart avec l’habituelle sensation d’avoir assisté au meilleur festival européen.

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