On y était! Retour sur le Baleapop Festival 2015

Depuis la première édition du festival, le Baleapop résonne hors des frontières du Pays Basque. Chaque année, ses partisans sont de plus en plus nombreux et chaque année, les raisons pour ne pas le visiter se font de plus en plus rares. Cette fois, c’est notre tour de succomber à l’initiative du collectif Moï Moï. Dans la constellation des festivals d’amour, le Baleapop brille de mille feux.

JOUR 2 

Notre arrivée à Baléapop se concrétise vingt-quatre heures après le début des festivités. La découverte du joli site se déroule dans la sérénité, ponctuée par des rencontres avec l’encadrement et les bénévoles, pour la plupart déjà émoussés par la soirée de la veille, en ville, sur le parvis des Halles. De toute évidence, leur engagement lors de cette inauguration fut entier, d’autant qu’elle coïncidait avec deux anniversaires. D’entrée de jeu, le collectif Moï Moï ne fait pas mystère de son goût pour la fête. Prometteur.

Cette seconde journée ne débute ni plus ni moins qu’avec une glorieuse prestation de votre serviteur aux platines. L’espace manque pour conter à quel point cette proposition musicale a constitué, déjà, l’un des sommets de cette édition. Un climax. Dans une liesse générale, les Baléapoppers jètent toutes leurs forces devant notre déchainement rythmique, au risque même d’ébranler les fondations du site. Présents comme bénévoles pour le festival, deux membres des Crane Angels se dénudent, probablement dans l’optique de mieux s’harmoniser avec nos bonnes vibrations. L’un de nos hôtes, Sharky, en perd son basque. Pour tout vous avouer, il fut même un temps question de cesser le festival au terme de notre set tant, en comparaison, les concerts ultérieurs paraissaient sans saveur.

En dépit de notre succès, nous insistons longtemps pour que les autres groupes puissent jouer comme convenu. Malgré leur évidente impossibilité à répéter cette effervescence populaire, il nous apparait en effet normal que ces artistes puissent eux-aussi s’exprimer. Ces derniers nous témoignent d’ailleurs leur reconnaissance, une preuve de plus de la fraternité solide en vigueur au sein de la Grande Famille du Spectacle.

La lourde tâche de nous succéder revient à Dual Split. À sa décharge, la formation cosmopolite a le bon goût de décliner une synth-pop élégante, à même de calmer les ardeurs de la foule. Dans l’enceinte du théâtre à ciel ouvert du parc Duconténia, le groupe trouve un écrin idoine pour ses mélopées. Malheureusement, deux jeunes Lyonnais viennent nous accoster à nos dépens. Leur immense respect à notre égard se décèle vite, leurs yeux brillent. Bien contraints de nous ouvrir au monde, épreuve peu familière, nous cédons à l’invitation d’un rhum frelaté par un soda beaucoup trop chaud. C’est immonde. Néanmoins, l’intention est louable et si nous n’oublions pas de remercier ces admirateurs du moment, nous amorçons notre fuite avec réussite.

Fort heureusement, l’arrivée sur scène de High Wolf occulte rapidement cette péripétie malvenue. Le Français ne met guère longtemps à embraser l’audience, nous compris. Or, cette parenthèse enchantée est rapidement assombrie par l’arrivée à nos côtés de l’artiste Gratuit, dont les productions font régulièrement l’objet d’éloges dans ces mêmes colonnes. Mais vous connaissez les artistes et leur égocentrisme patenté: le monde leur est dû. S’ensuivent alors de longues complaintes sur notre soi-disant manque d’intérêt à l’égard de son oeuvre. À peine le temps de rétorquer que High Wolf a terminé son concert. Notre frustration est entière et vous comprendrez aisément pourquoi Gratuit ne sera plus jamais cité dans nos pages.

Afin d’apaiser l’agacement engendré par ces interruptions incessantes, nous décompressons à l’aide de boissons produites localement. Leurs effets se manifestent avec bienveillance dès le concert d’Odei. La formation basque prolonge l’ivresse lors d’une séquence hybride, faite de développements electronica, de progressions psychédéliques, de relents chamaniques et africains. L’ambiance est sublimée par la spontanéité du public. L’horaire est propice aux mouvements, et les festivaliers ne s’en privent pas.

Vient ensuite Paranoïd London, source de nombreuses divergences internes à la rédaction. L’appel de Beyonce, envoyé avec désinvolture par Kiblind, aide à trancher: décision est donc prise de montrer de notre effronterie sur la piste du Txikiklub. Inutile de détailler la suite mais très clairement, on a fait le taf.

C’est d’ailleurs le moment opportun pour remercier Félicité et Lou de nous avoir remis notre portefeuille dès le lendemain. En effet, notre dévouement à la danse est tel que nous échappons parfois nos effets personnels les plus précieux. Félicité, Lou, mille mercis.

JOUR 3

Malgré le calvaire cérébral, notre zèle nous pousse du lit (au demeurant fort confortable). Après une petite heure à écumer Saint-Jean-de-Luz à la recherche du point de rendez-vous de la navette, pourtant indiqué dès le matin sur les réseaux sociaux, nous parvenons à partir en direction de la plage du Cenitz. C’est près de ces bancs de sable que prend place le Baleabeach, une sorte de square désaffecté en plein maquis, magnifié par une piscine d’eau de mer vide. Le site est dingue.

‘Le lieu est incroyable’, nous confirme Jeanne (photo ci-contre), bouillonnant cerveau du collectif Moï Moï. ‘C’est un particulier qui nous l’a proposé, c’est vraiment hallucinant. On a ensuite décidé d’égayer avec quelques palettes, drapeaux, la palombière et le décor était planté: on était à Baléapop. Pour la petite histoire, le bassin était à l’origine rempli d’eau de mer. Comme le beau temps était annoncé, on prévoyait que les gens puissent se baigner dans le bassin. Finalement, on a dû le vider pour le nettoyer, et on n’a pas pu le remplir de nouveau pour des raisons logistiques. On a donc décidé de mettre les DJ dedans. Au final, c’était sûrement la meilleure idée.’

D’autant que les DJ en question proviennent du collectif Antinote. Zaltan, DK et Geena sont ainsi de la partie et mixent tour à tour avec flegme et sourire aux lèvres. Un temps timides, les Baleaplagistes prennent progressivement possession du bassin, et l’heure est de nouveau à la danse. Dans cet aire gorgée par un soleil de plomb, la bonne humeur est unanime, comme si Waterworld s’achevait par une pantomime d’Ewoks sous acide. C’est dire à quel point les gens sont heureux.

Tout a malheureusement une fin, il en va des trips comme du beau temps. Le retour au Parc Duconténia se fera sous la pluie. Ce facteur climatique n’est pas sans ajouter son charme au concert d’un Flavien Berger possédé (photo ci-dessous, à droite). Très loin au-dessus de la tempête, le musicien éblouit. Ceci dit, on se trempe quand même bien la gueule. Fort de ce constat, pour une fois partagé par tous, nous résistons pour Camera. La récompense est belle puisque le trio a livré ce que l’on considère comme leur meilleur set. Aux antipodes de la gaieté post-méridienne propagée par Antinote, les Berlinois installent une torpeur hypnotisante dans le chaos météorologique. C’est beau, froid, intense et définitivement mémorable. Par la suite, Jessica 93 (photo ci-dessous, à gauche), Patten et Acid Fortwins n’abandonnent pas les festivaliers les plus vaillants mais, de notre côté, nous jouons la carte de la couardise.

JOUR 4

Les habitués de la Bretagne, du Limousin ou d’autres contrées verdoyantes peuvent pavoiser, il n’empêche que la pluie n’est pas coutumière du Baléapop. Un peu pris au dépourvu, les activistes de Moï Moï ne perdent pas pour autant leur hardiesse. ‘On prend ça comme une expérience, on voit comment on parvient à résoudre les situations d’urgence. Au final, c’est quand même un peu rigolo’ dédramatise Jeanne. ‘On voit que nos festivaliers sont de vrais festivaliers, la pluie ne leur fait pas peur, c’est vraiment agréable. Hier soir, ils ont vraiment joué le jeu’ poursuit Victoire, autre tête pensante de Moï Moï.

Ce ‘Baléapop d’hiver’, comme le surnomme le programmateur Pierre, n’est pas terminé qu’il laisse déjà une marque indélébile dans l’esprit de ses géniteurs. Fondateurs et bénévoles de l’évènement font corps pour le mener à bien, qu’importe si la nuit fut vécue le sac de couchage dans l’eau. ‘En interne, les bénévoles ramassent grave. Au final, nous ne sommes qu’une association d’amateurs et on se retrouve tout de même dans une situation extrême’ souligne Jeanne. ‘Pourtant, ce matin, ils ne manquaient pas un bénévole’ renchérit Victoire. ‘Tous étaient là, alors qu’ils ont passé la soirée à aider et bosser sous des sacs poubelle. Ça fait chaud au coeur.’

Touché mais pas coulé, le Baléapop se poursuit avec un après-midi prometteur. Même si certaines mauvaises langues regrettent le côté décousu de son set, Lena Wilikens touche sa cible. La productrice et DJ alterne les ambiances, joue sur les ruptures, même non consenties, et ranime une foule bien décidée à transpirer dans la boue. Pour la suite, on abandonne non sans mal Superpitcher pour aller profiter du Txikiklub, cette fois aux mains de Sonotown et La Fête Triste. Encore un peu dépeuplé en raison de l’horaire précoce, le club artisanal s’abandonne aux pas de danseurs aux anges. Theorama et ses comparses jouent une sélection acid house, dub et techno sulfureuse et bienvenue. C’est moite, quelque peu enfiévré, soit le cocktail idéal pour stimuler les dernières réticences.

Malheureusement, la fin de cette parenthèse se révélera synonyme d’une longue et difficile traversée du désert. En ce samedi soir, le Baleapop s’exporte en effet dans quelques bars de la ville. Si l’idée est louable, la réalité du terrain se montre très décevante.

Le passage par le ‘Battela’ est bien vécu, notamment en raison de la bonne prestation de Dreamtime et Sharky. Le bât blesse par la suite. Le bar-ephémère ‘Chez Renauld’ est magnifique, mais peu propice à la musique. Le VRAI drame a lieu à ‘La Taverne’ où le son joué par les Gazza Deejays n’est audible que par leurs… retours. L’explication se trouve chez le patron, visiblement irascible à l’idée d’accueillir dans son pub à touristes une faune qu’il rêverait probablement de brûler au bûcher avec les migrants bloqués à Calais. Dans son taudis d’aspirant Jean-Roch, un écran géant rythmé par une course de moto-cross attire les regards les plus vides. Choc des cultures. Inutile de parlementer, d’autant que ses faux-airs de Christian Estrosi n’augurent que d’une issue désagréable.

Il faut donc terminer la nuit par d’autres moyens, non sans amertume. Beaucoup d’échos vont dans ce sens: les Baleapoppers désiraient mieux pour leur samedi soir que cet aller simple pour le purgatoire.

JOUR 5

Coucher matinal. Réveil tardif. Peaking Lights loupé. Haine suprême. Les frites concoctées avec soin par les forces vives du festival soulagent la culpabilité. Quelques heures de vide cérébral sur un banc plus tard, Young Marco ramène sa fraise et – scoop – fait le boulot avec brio. Compte tenu de notre épuisement, c’est inutile d’attendre de nous de poser plus de mots. Ce mec est juste cool. Au-dessus de lui, il n’y a que le soleil.

Même constat pour le final de Moï Moï Band. Le groupe du collectif balance des tubes sous ascendant proto-synth-afro avec l’entrain de l’enfant qui martèle sa première batterie. La joie est partagée par l’ensemble du parc. Une demoiselle aux cheveux bleus harcèle un chien dans l’espoir vain de partager une danse avec lui. Loin d’être ébranlée par ce refus canin, elle affiche le même enthousiasme pour offrir à ses amis un instantané de ses seins. Sur notre droite, une amoureuse observe, mi-malicieuse mi-consternée, son ivrogne de moitié se réveiller d’une sieste aux effluves houblonnées. Hagard et perdu, ce dernier se cherche d’emblée un briquet pour entamer une cigarette salvatrice. Il ne la consumera cependant pas jusqu’au bout, de nouveau happé par les conséquences de ses excès. Pendant que le coucher du soleil conforte son sommeil, le Baleapop touche à sa fin.

Crédits photos: Manon Boulart, Audrey Teichmann et Flora Fettah

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