On y était! Retour sur la Route du Rock 2013

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Son médiocre, accueil limite, bière cheap si chère à Fidlar: il est de bon ton de cracher à la gueule des festivals, et de réduire à néant la légitimité même de ces grandes messes. Parfois à raison d’ailleurs. À lire, ici ou là, les commentaires des festivaliers de La Route du Rock, l’organisation n’aurait pas été exempte de tous défauts. Nous concernant, nous regretterons ces longues files d’attente pour obtenir les précieux jetons à boisson, et surtout le déplacement de la scène de la Tour aux Remparts nous empêchant de jouir sous de bonnes conditions de son excellente programmation (Electric Electric, Moon Duo, Jacco Gardner et Suuns). L’erreur ayant été rapidement reconnue par un staff à moitié pardonné, gageons qu’elle sera réparée la saison prochaine. Reste que cette vingtième édition, succédant à celle plutôt calamiteuse de l’an passé, fut une véritable satisfaction. La Route du Rock est désormais en bonne santé, et elle le mérite.

rdr2Disons le de suite: la faute aux excès, à l’air de Saint Malo synonyme d’insouciance comme de nonchalance estivale, et aux impondérables précédemment cités, nous n’avons malheureusement vu que quelques-uns des concerts, notamment les satisfactions généreusement offertes par Nick Cave, Hot Chip, Fuck Buttons, Tame Impala, Zombie Zombie, Junip et Orval Carlos Sibelius. Il va sans dire que celui de Nick Cave (photo ci-contre) remporta haut la main le bal du premier soir. Sans jamais baisser en intensité, le messie et ses Bad Seeds ont livré une prestation éloquente de classe. Variant répertoire classique (toujours réarrangé) avec l’ultime « Push The Sky Away », la performance prit aux tripes et démontra aux sceptiques que ce dernier album compte déjà parmi les meilleurs.

Pour conclure cette première soirée, Fuck Buttons (vidéo ci-dessous) se présenta sur la scène du Fort, doublé par une projection hologrammique. A cette heure tardive, et malgré nos louanges au sujet de « Slow Focus« , certains doutes subsistaient sur la capacité du duo à électriser la foule. Question rapidement dissipée par la prestation haute en couleurs des Anglais, privilégiant la transe répétitive au défouloir club. Les réminiscences de « Tarot Sport » jumelées avec le troisième opus furent des plus savoureuses, avec une mention très bien pour la transition « Brainfreeze » – « Surf Solar ». Bien avant cela, précédant un premier retour en navette toujours agrémenté de chants païens et autres reprises improvisées, Orval Carlos Sibelius eut l’honneur d’ouvrir les concerts côtiers. Malgré un son perfectible, le contexte de la plage compléta harmonieusement les salves acidulées de « Super Forma ».


Sans surprise, la seconde soirée eut peu de claques à offrir, seulement les bons concerts de Woods, Zombie Zombie (photo ci-dessous) et Efterklang. Mention spéciale à Zombie Zombie d’ailleurs tant la transcription scénique toute en relief de « Rituels d’un Nouveau Monde » fut un bijou, et devrait prendre une toute autre ampleur dans des conditions plus acceptables que la scène des Remparts. C’est en tous les cas ce que la réception d’un public aux anges laissa penser. En revanche, la déception fut de mise pour les rébarbatifs Allah-Las, comme pour Godspeed! You Black Emperor. Les Québécois n’ont laissé personne indifférent (certains se prosternant même devant le mythe), pourtant l’émotion ne parvint pas à nous submerger. Toujours oppressant, cosmopolite et puissant, le son du combo resta irréprochable mais, sous une lumière diurne encore présente, tiraillé par les blagues ou les bouderies des festivaliers voisins, la concentration nous manqua probablement pour céder aux assauts des Montréalais.

rdr3De son côté également, Bass Drum Of Death – désormais trio – tourne plus pop que grunge sans pour autant apporter plus de relief à son live. Ceci étant dit, nombre de jouvenceaux auront trouvé là le prétexte pour exprimer leurs capacités athlétiques. Quant à TNGHT, que dire si ce n’est que la médiocrité des compositions n’enleva rien à la puissance des basses, provoquant la joie des festivaliers les plus allumés, au détriment des plus sobres.

Le Samedi était certainement la soirée la plus dense et excitante de ces quatre jours. Toujours mené par José Gonzales, Junip (vidéo ci-dessous) fit une excellente prestation. Serein, le trio parvint à tirer toute la quintessence de la richesse mélodique de son répertoire devant un parterre de fans de la première heure. Pourtant attendus comme les nouveaux fers de lance de l’indie-rock, Parquets Courts – quant à eux – ne nous accaparèrent pas longtemps. Guère subtils ni aidés par le son, peu charismatiques, les Texans de New-York quittèrent alors un public pour le moins partagé. Heureusement, Tame Impala prit rapidement les clés du Fort. Dès les premiers coups de kick de l’introductif « Why Won’t You Make Up Your Mind », les Australiens emportèrent l’ensemble du lieu avec une désinvolture déconcertante et un son d’une perfection rare. Bien moins surproduit que sur album, laissant au studio l’abondance de phaser, le concert – mariant les tubes du premier album à l’efficacité du second – fut l’un des plus beaux moments de ces trois jours au Fort.


Puis vint l’heure d’Hot Chip (vidéo ci-dessous), incontestablement l’autre concert mémorable de cette Route du Rock. Débutant la dernière prestation de la nuit avec « How Do You Do? », les Britanniques annoncèrent clairement le caractère festif de leur show. En livrant un set impeccable, largement appuyé sur l’ultime album « On Your Heads », Hot Chip livra la meilleure des conclusions possibles. Alexis Taylor, plus que jamais sosie de notre Président, fit preuve d’un charisme imparable tandis que Sarah Jones (de New Young Pony Club) assura un set à un rythme hallucinant derrière les fûts.

Si nous n’étions déjà pas réellement convaincus par Disclosure sur disque, leur live nous parut aussi un cran largement en-dessous de ceux qui l’ont précédé. Tendres, sans grand intérêt musical, leurs hits manquaient d’aspérités, ou sonnaient vulgairement. Néanmoins, aussi généraliste soit-ils, leur efficacité ne manqua pas de combler une grosse partie du public. Pour autant, on a beau avoir loupé plein de trucs, on a suffisamment pris notre pied pour l’année.


Crédit photo: Nicolas Joubart

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