On y était! Retour sur Dan Deacon au Trabendo (Paris) le 25 septembre 2012

dan

Dan Deacon est une personne profondément en phase avec son époque. Grosses lunettes sur le nez, poils de barbe disparates, léger surpoids: ce mec affiche toutes les caractéristiques de l’espèce de nerd/loser propre aux années 2010. Dan possède sa double-licence origami/cartes Magic, et, entre deux sessions trottinette à moteur, tourne trois potards dans son garage pour sortir des tubes aussi cheap qu’efficaces sur lesquels il semble impossible de ne pas danser. Ses concerts ressemblent à une immense aire de jeu, à un centre aéré pour gosses qui s’emmerdent le dimanche et qui trouvent finalement la lumière en tapant dans leurs mains et en jouant à la balle aux prisonniers.

dan2Être dans une salle en sa compagnie est donc quelque chose de viscéralement fun. Entre chaque morceau, le bonhomme arrête tout le monde et met en place un nouveau petit jeu, un truc tellement enfantin que plus personne n’y pense maintenant: je commence le titre, tout le monde forme un tunnel, on va sortir de la salle et en faire le tour tout en souriant et en envoyant des boules d’amour. Et, chose assez fascinante à constater, ça marche. Les gens se prennent au jeu, marchent bras dessus bras dessous, se regardent droit dans les yeux, des liens se créent. Dès lors, Dan Deacon fait régner un sentiment de communauté, de groupe, de rassemblement. Le genre de choses qui fait dire à chacun que son voisin devient instantanément son pote, que le fait d’aller à un concert simplement pour se mater les pompes et payer sa bière n’existe plus, qu’on est véritablement venu dans le seul et unique but de s’amuser, de tous se retrouver. Les sourires sont sur tous les visages, surpris, comme si le public se rendait compte que l’on pouvait aussi passer un concert sans faire semblant de s’emmerder en croisant les bras, qu’on pouvait aussi s’amuser et gigoter comme un enfant de quatre ans sans que quelqu’un ne vous regarde de travers. Retomber en enfance, se laisser porter dans le collectif, se sentir entouré, rassuré: une sensation assez belle et fascinante. Dan Deacon a cette grande qualité: faire qu’un concert soit bien plus qu’un groupe ayant l’air de se faire chier sur scène, et qui joue ses morceaux sans envie.

Ce type vit son concert à fond, transpire comme un cochon, gesticule, fait des blagues, bouscule les gens, joue trois notes de synthé puis lance une chenille. Il est partout et nulle part à la fois. Et si Dan Deacon a l’habitude de jouer seul, il est accompagné ce soir par deux batteurs sur scène, tous deux face à face, et lui juste en dessous, défiant la foule de ses grosses lunettes carrées. Si cette association peut se révéler intéressante au premier abord – plus de rythme, gros martèlement continu pour un infernal pogo dans la salle – le fait est que le duo couvre malheureusement toute la musique du petit Danny. La plupart du temps, celui-ci balance la sauce en pressant play sur son mp3, saute comme une puce au milieu du public pour hurler des histoires de chats dans son micro, ce qui se révèle finalement trop peu puissant en comparaison avec les deux batteurs juste au-dessus de lui, presque trop présents dans les enceintes. De fait, la musique de Deacon paraît presque cheap, même si gavées de tubes… Le genre de morceaux (un peu trop) immédiats qu’on écoute une dizaine de fois la bave aux lèvres pour mieux les oublier et passer à autre chose. Pourtant, même avec cette impression, Danny fait bon effet, ne serait-ce que pour l’ambiance de foire qui règne dans la salle.

dan3Ceci dit, Paris, capitale du snobisme désintéressé, se rappelle rapidement à nous. Certes, c’est plus ou moins le bordel dans le Trabendo, les gens courent dans tous les sens et se mettent quelques pains dans le pogo, mais la retenue est encore et toujours de mise, la salle – classe et assez imposante – n’aidant pas forcément. Les gens se regardent danser, et il manque clairement le petit quelque chose pour que ce concert lâche prise, que tout le monde finisse à poil. Ce sera finalement loin d’être le cas puisque, si le public participe et que le show reste bon enfant, chacun pense à soigner ses pas de danse et vise à ne pas trop s’exposer à l’autre.

Dommage, car si voir Dan Deacon en concert reste une expérience à part entière dans laquelle il faut s’impliquer à 100%, Danny n’aura pas atteint l’état de transe et le calin collectif qu’il s’était fixés. Ce soir, les présents ne partiront pas tous le sourire aux lèvres, n’inviteront pas leur prochain à déguster de la mousse au chocolat chez eux tout en dansant avec des mouvements géométriques. Pourtant, l’intention était noble de la part de cet artiste renouvelant à lui seul l’expérience d’un concert et qui, rien que pour ça, mérite une considération toute particulière.

À lire ou écouter également:

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire