On y était ! Retour sur La Route du Rock 2017

On y était ! Retour sur La Route du Rock 2017

Après plusieurs années passées à tanguer en raison d’annulations tardives de ses têtes d’affiche ou de météo peu clémente, La Route du Rock courait tout droit au grand millésime à l’occasion de son cru 2017. Sa programmation alléchante annonçait bel et bien un record de fréquentation et, pour la deuxième année consécutive, le soleil était au rendez-vous : un détail pour vous peut-être, mais un point crucial pour ses habitués qui, par le passé, ont connu le champ quasi impraticable sans K-Way ni bottes de pluie. Rien en ce mois d’août ne pouvait donc gâcher la grande messe pop rock malouine, pas même les tas de fumier disposés quelques heures auparavant à l’entrée du festival par le voisin mécontent. Luttant contre vents et mairies depuis 27 ans, les organisateurs donnaient donc de nouveau rendez-vous dans l’antre de ce lieu mythique qu’est le Fort Saint Père, sans voir venir ce qui restera comme le seul point noir de cette édition 2017 : un défaut d’organisation provoquant de longues files d’attente aux points cruciaux du festival, gâchant quelque peu les souvenirs de festivaliers qui, pourtant, en ont pris plein les yeux et les oreilles. Résumé de ce grand charivari annuel de la côte Ouest. De ce qu’on y a vu du moins.

Au lendemain d’une soirée du jeudi apparemment réussie aux rythmes d’Allah Las, Andy Shauf et Alex Cameron, les choses devenaient véritablement sérieuses au sein du Fort. Avec notamment la présence de PJ Harvey (photo ci-dessous), dont la volonté de jouer tôt aura bien été exaucée. Quelques secondes ont suffi pour embarquer sur le radeau de la diva, rejoindre la petite dizaine de musiciens de grande classe, pour un set au cordeau, partagé entre classiques et nouveautés, puissant, élégant, précis, envoûtant, et d’une pureté sonore qui n’a pas été sans rappeler le concert de Nick Cave sur la même scène en 2013. Un peu plus tard, dans la foulée des britanniques de Idles dont le punk rageur n’a pas manqué de chauffer le public à blanc, c’est Thee Oh Sees (photo ci-dessus) qui remportait la timbale : impossible de rester de marbre devant cette machine live qu’est depuis toujours le prolifique groupe d’un John Dwyer déjanté, survolté, possédé, comme exhorté par les deux batteurs qui l’accompagnent. Un souvenir impérissable sur lequel la clôture insipide de la légende Dj Shadow n’aura malheureusement aucun effet.

Le vendredi, peut-être un peu trop tôt pour nous étant donné son mélange de post punk et krautrock, c’est Cold Pumas qui se chargeait de lancer les hostilités avec un set bien construit, hypnotique et tout en progression. Qu’importe ! Un peu plus tard, au même titre qu’un Parquet Courts à la hauteur de sa réputation, et que la classe folle d’un Arab Strap au spleen délicieux, Temples rétablissait l’harmonie, porté par sa pop psychédélique d’une efficacité redoutable faisant beaucoup plus l’unanimité que les Jesus & Mary Chains à suivre. Devant aficionados du groupe en transe, et fans de Future Islands se ruant aux guichets cashless dans l’attente de leurs idoles, les anglais ont redoublé d’efforts – parfois en vain – pour répondre aux attentes démesurées de voir l’incendie ravivé. Heureusement, les mélodies crasseuses des Black Lips ont pris le relais, laissant ces petits sauvageons d’Atlanta amener fougue et folie tout au long d’un live volcanique, avant que Soulwax (photo ci-dessous) et ses 3 batteurs n’en fassent de même en mettant un point final électro rock instrumental à cette deuxième journée ayant décidément honoré toutes ses promesses.

Démarrée par un coucher de soleil aux sons d’Angel Olsen, la dernière ligne droite de cette Route du Rock 2017 en avait encore sous la semelle. Dans la foulée d’un Yak au rock garage généreux, et du branleur Mac Demarco ayant comme à son habitude installé sa douce léthargie, Interpol venait fêter le quinzième anniversaire de son premier album ‘Turn On The Bright Lights’. Devant un parterre conquis d’avance, Paul Banks et ses hommes offraient en live, sans la petite sortie de piste qui se serait révélée appréciable, une écoute nostalgique de cette oeuvre intemporelle. Pour la fougue, il fallait plutôt attendre Ty Segall (photo ci-dessous) qui, deux ans après avoir foulé les terres malouines avec Fuzz, revenait pour un concert foutraque et ininterrompu. Garage, rock psyché, punk, noise, tout y est passé. Enfant du rock autant biberonné à Zappa, Cobain qu’à Black Sabbath, le californien a ravi ses fans autant qu’il a captivé les béotiens, comme pour laisser aux festivaliers une dernière impression bienvenue pour contrebalancer les petits mécontentements qui ne seront que matière à amélioration pour atteindre enfin cette foutue perfection l’an prochain.

Photos : Rod Maurice / Lame de Son

Revoir quelques concerts en intégralité en suivant ce lien.

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